Je découvre cette auteur, son site, ses ouvrages. Je bouillonne d'avancer dans mes lectures que je viendrais éditer au fur et à mesure sur ce post.

Je démarre avec "Notre corps ne ment jamais"

Résumé

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"Notre corps ne ment jamais. Quand nous tombons malades, quand nous faisons l'expérience de la dépression, de la toxicomanie, de l'anorexie..., c'est que nous sommes traversés par un conflit intérieur entre ce que nous ressentons et ce que nous voudrions ressentir. D'un côté, il y a notre corps, qui garde intacte la mémoire de notre histoire, et tout particulièrement des mauvais traitements que nos parents ont pu nous infliger ; de l'autre, il y a notre esprit et notre volonté conditionnés par la morale et l'éducation traditionnelles à aimer et honorer, quoi qu'il arrive, ces mêmes parents. Ce livre nous montre, à travers de nombreux exemples - notamment les vies d'écrivains célèbres- les conséquences parfois dramatiques de ce conflit, mais aussi qu'il existe, aujourd'hui, des raisons d'espérer. Non, nous ne sommes pas obligés d'être les " bons " enfants de nos parents s'ils nous ont fait du mal et s'ils continuent de pratiquer le chantage affectif. Oui, c'est notre responsabilité que d'être attentifs aux signaux d'alerte que nous envoie notre corps. Oui, au terme de ce chemin exigeant par lequel nous acceptons de relire l'histoire de nos rapports avec nos parents, il y a l'espoir de naître à une authentique liberté intérieure."

Paru dans "Lien social" (novembre 2004) par Jacques Trémintin

Les enfants maltraités sont nombreux à espérer, toute leur vie durant, recevoir enfin l'amour qu'ils n'ont jamais eu. Les sentiments qui les relient à ces parents dont ils attendent tant, relèvent d'un attachement pathogène, mélange de peur, d'attentes et d'illusions. Celles et ceux qui ont connu dans leurs jeunes années l'affection et la compréhension n'ont aucune difficulté avec leur vérité. Pour les autres, qui n'ont pu bénéficier de cette relation bonne et sécurisante, la pression morale de la société leur laisse comme seule alternative le refoulement d'un sentiment interdit. C'est que, venant du fond des âges, règne encore le quatrième commandement de Moïse, reproduit dans le code civil napoléonien : " tu honoreras ton père et ta
 mère ". Or, pour honorer ses parents, encore faut-il apprendre à ne pas ressentir la haine qu'ils méritent parfois. Le conflit entre ce qui est ressenti au plus profond et ce qui doit l'être pour se conformer aux normes gravées dès le plus jeune âge, se traduit souvent sur la santé tant psychique que physique. Car la cécité émotionnelle constitue un luxe extrêmement coûteux et souvent autodestructeur. Le corps étant la source de toutes les informations vitales qui ouvrent la voie à plus d'autonomie et de conscience de soi, il sait aussi se manifester quand il y a déconnexion des véritables émotions.
Alice Miller nous propose justement dans son dernier ouvrage de passer en revue ces écrivains, poètes ou philosophes qui ont payé de leur santé et de leur vie le déni d'une violence éducative subie dans leur enfance. Évoquant tour à tour Arthur Rimbaud, Nietzsche, Kafka, Virginia Woolf ou Marcel Proust, elle détaille ce que leur œuvre ou leur vie reflète de cet
engrenage de l'automystification de leur histoire. Mais le plus terrible est de trouver ces êtres qui devenus adultes réalisent leur vengeance non contre ceux qui sont responsables de leurs malheurs mais contre leurs propres enfants ou dans le cas de dictateurs comme Hitler, Staline, Mao ou Saddam Hussein contre des millions de personnes innocentes. Mais une telle destinée
 n'est pas une fatalité. Encore faut-il que les enfants victimes trouvent un accompagnateur lucide, un témoin secourable qui, renonçant à toute neutralité, les aidera à déchiffrer le langage du corps, en le relayant au passé subi. Mais, trop souvent, affirme Alice Miller, les thérapeutes sont imprégnés de cette morale traditionnelle faisant référence au quatrième commandement. Trop encombrés par leur propre passé, ils ne savent que minimiser la responsabilité parentale et ignorent tout aussi souvent que les vieilles blessures ne peuvent cicatriser que lorsque les victimes ont réussi à abandonner leurs attentes d'enfant. Seule la lucidité face à ses ressentis permet alors de libérer la capacité à s'estimer, à se respecter et à déployer toute sa créativité.