lundi 20 juillet 2009
Le cordon violet
Un prof avait l'habitude, en fin d'études, de donner un cordon violet sur lequel on pouvait lire "Qui je suis fait toute la différence" imprimé en lettres dorées. Il disait à chaque étudiant à cette occasion pourquoi il l'appréciait et pourquoi le cours était différent grâce à lui. Un jour, il a l'idée d'étudier l'effet de ce processus sur la communauté, et envoie ses étudiants remettre des cordons à ceux qu'ils connaissent et qui "font la différence".
Il leur donne 3 cordons en leur demandant ceci : "Remettez un cordon violet à la personne de votre choix en lui disant pourquoi elle fait la différence pour vous, et donnez-lui deux autres cordons pour qu'elle en remette un elle-même et ainsi de suite. Faites-moi ensuite un compte-rendu des résultats."
L'un des étudiant s'en va, et va le remettre à son patron (car il travaillait à mi-temps) un gars assez grincheux, mais qu'il appréciait. "Je vous admire beaucoup pour tout ce que vous faites, pour moi vous êtes un véritable génie créatif et un homme juste. Accepteriez-vous que j'accroche ce cordon violet à votre veste en témoignage de ma reconnaissance ?"
Le patron est surpris, mais répond "Eh bien, euh, oui, bien sûr..."
Le
garçon continue "Et accepteriez-vous de prendre les 2 autres cordons
violets pour les remettre à quelqu'un qui fait toute la différence pour
vous, comme je viens de le faire ? C'est pour une enquête que nous
menons à l'université."
"D'accord"
Et voilà notre homme qui
rentre chez lui le soir, son cordon à la veste. Il dit bonsoir à son
fils de 14 ans, et lui raconte : "Il m'est arrivé un truc étonnant
aujourd'hui. Un de mes employés m'a donné un cordon violet sur lequel
il est écrit, tu peux le voir, "Qui je suis fait toute la différence".
Il m'en a donné un autre à remettre à quelqu'un qui compte beaucoup
pour moi.
La journée a été dure, mais en revenant je me suis dit qu'il y a une personne, une seule, à qui j'ai envie de le remettre. Tu vois, je t'engueule souvent parce que tu ne travailles pas assez, que tu ne pense qu'à sortir avec tes copains et que ta chambre est un parfait foutoir... mais ce soir je voulais te dire que tu es très important pour moi. Tu fais, avec ta mère, toute la différence dans ma vie et j'aimerais que tu acceptes ce cordon violet en témoignage de mon amour. Je ne te le dis pas assez, mais tu es un garçon formidable !"
Il avait à peine fini que son fils se met à pleurer, pleurer, son corps tout entier secoué de sanglots. Son père le prend dans ses bras et lui dit "Ca va, ça va... est-ce que j'ai dit quelque chose qui t'a blessé ?" "Non papa... mais.. snif... j'avais décidé de me suicider demain. J'avais tout planifié parce que j'étais certain que tu ne m'aimais pas malgré tous mes efforts pour te plaire. Maintenant tout est changé..."
jeudi 8 janvier 2009
Bonne Année 2009
Il est vrai que je me fais plus que discrète ces temps-ci, mais qu'à cela ne tienne, je voudrais vous souhaiter à tous et toutes une Merveilleuse Année 2009.
Et surtout je vous souhaite des moments doux saisis l'espace d'un instant, de la pluie et surtout du beau temps, des moments de détente comme un massage avec des huiles essentielles, un bon bain chaud après une journée arraçante, des nuits douces et reposantes, des matins légers, de vous remémorer des émotions agréables de votre enfance, des prises de conscience, d'être illuminer par le sourire et les rires d'un enfant, d'un mode d'emploi pour la connerie humaine, d'une échelle de valeur, de la tendresse à partager avec les vôtres, d'un peu d'innocence et beaucoup de courage pour avoir accès à votre enfant intérieur, des week-end en amoureux, des étoiles plein les yeux, de pouvoir dormir sur vos deux oreilles, des paysages à regarder hébétés, des chants à ne pas oublier, de la musique à fredonner, de l'Amour à profusion et de pouvoir mesurer l'importance d'une journée en santé. Bonne Année :-)
vendredi 28 novembre 2008
Récit d'un voyage intérieur
Un globe trotter, après avoir parcouru le monde à la recherche de la Connaissance, se retrouvait à un âge très avancé, las de ne pas avoir obtenu ce qu'il a toujours cherché. Une nuit, il s'endormit, totalement résigné. Et là, un message lui fut révélé lors d'un rêve : "Le plus grand voyageur n'est pas celui qui a fait dix fois le tour du monde, mais celui qui a fait une seule fois le tour de lui-même". Le matin, au réveil, il fut bouleversé. Ce message changea totalement sa manière de concevoir le monde. Il décida alors de partir à la recherche de lui-même, et là, il fit découverte sur découverte. Il découvrit en premier lieu tout ce que nous voyons à l'extérieur de nous n'est que le reflet, la projection, de ce qui est enfoui à l'intérieur de nous. Plus les jours passèrent, et plus il voyagea à l'intérieur de lui-même. L'histoire ne nous révèle pas tout ce qu'il a trouvé mais à en croire ses proches, jamais plus il ne cessa d'être heureux, et il finit sa vie comblé, comme s'il avait obtenu tout ce dont il avait toujours rêvé. Ce conte exprime toute l'importance qu'il y a d'effectuer des recherches à l'intérieur de soi, d'apprendre à se connaître au lieu de toujours extérioriser l'objet de ses recherches. Ce livre est le récit d'un tel voyage où le personnage principal du livre est guidé par une voix qui lui montre le chemin de son être intérieur. Et tout comme le globe trotter du conte ci-dessus, il change petit à petit sa vision du monde et redécouvre de nouvelles forces, de nouvelles connaissances, et de nouveaux pouvoirs qui sont enfouis en lui (comme tout individu). Il avance peu à peu sur le chemin de son Initiation...
Extrait : "Initiation : récit d'un voyage intérieur" de IM chez Harmonia Editions
vendredi 21 novembre 2008
Extraits
Chaque mois, je prends beaucoup de plaisir à lire le Bioinfo (p.3). En intro, pour ce mois de novembre, je vous retranscrit un extrait, qui en ces temps difficiles, me font grand bien à lire :
"Préférer les liens aux biens, l'être à l'avoir, le respect à l'exploitation. Cultiver l'unité, la solidarité plutôt que la séparation. Reconnaître et repartir l'abondance plutôt que d'entretenir la peur du manque. Privilégier la croissance de la conscience, l'éducation, l'ouverture du coeur. Abandonner le mythe d'une croissance économique infinie. Faire évoluer le système d'éducation visant seulement l'intégration dans le système économique. Favoriser la croissance de la richesse locale dans des communautés dotées de monnaies alternatives propres. Abolir l'usure et l'intérêt positif. Mesurer le progrès non plus par la croissance du PIB mais par des indiacteurs de la richesse intérieure et du développement du bien être collectif"
mardi 7 octobre 2008
Ca s'est passé...la suite
Voici donc les suites du billet ici de cette affligeante et grotesque aventure...
Chers amis,
J’avais juste envoyé mon témoignage à mon fichier personnel
pour que vous sachiez ce qui m’est arrivé cet été et vous l’avez
diffusé à votre tour, ce qui a fait boule de neige. Maintenant je veux
vous tenir au courant de la suite de cette triste affaire d’agression
par les CRS le 21 juillet dernier à 20h30 sur la Place du Palais des
Papes en plein festival d’Avignon.
Mon procès aura finalement lieu le 13 octobre à 8h30 du matin au tribunal de grande instance au 2 bvd. Limbert à Avignon.
Je ne sais pas exactement à quelle heure mon cas doit être jugé, mais ce sera dans la matinée.
Je serais défendu par Maître William Bourdon.
Je suis accusé du délit d’outrage à agents et de rébellion. C’est le monde à l’envers.
Me voici contraint de me défendre, alors que je me suis fait
agressé, humilié et ai été détenu dans des conditions déplorables pour
avoir osé intervenir poliment dans le cadre d’un contrôle d’identité
que j’estimais être discriminatoire sur des artistes Africains. On est
dans la logique de la peur et de la répression.
Je passe mon temps à voir des avocats, la ligue des droits de
l’homme ou des physiothérapeutes. (Je souffre toujours de douleurs aux
vertèbres cervicales et dorsales et une partie de ma main droite n’a
pas encore récupéré sa sensibilité suite aux lésions occasionnées par
les menottes.)
Que pouvez vous y faire ?
Ceux qui se trouvent dans la région peuvent venir assister au procès.
Ceux qui connaissent des responsables politiques peuvent les
sensibiliser à travers cette histoire à la possibilité de dérive des
violences policières.
Ceux qui veulent m’aider à faire face aux dépenses engendrées par
cette malheureuse affaire (Notamment les frais d’avocats, de transport
et de citations de témoins.)
Peuvent verser une donation sur le compte postal que j’ai ouvert à cet effet CCP: 10-190329-5
N° IBAN : CH 92 0900 0000 1019 03295 SWIFT :POSICHBE
Je m’engage à verser tout surplus éventuel à la section Suisse de la Ligue des droits de l’homme.
Actuellement cette sordide histoire me prend tout mon temps, mais
je ne veux pas oublier de vivre, de créer et d’utiliser mes armes que
sont le théâtre, la parole, l’image.
Pour cela je pars 2 jours après mon procès pour créer « Chaque homme est une race »
au Burkina- Faso puis au Mali. Je serais de retour à la fin de l’année à Genève.
C’est mes projets qui me tiennent debout et c’est à travers eux que
je veux exorciser cette violence et la transformer sur scène afin de ne
pas devenir amer et aigri.
Si vous faites circuler cette info, je vous prie de ne pas joindre
mes coordonnées, ni de m’écrire sauf dans des cas de grande importance,
car je ne parviens plus à faire face à l’élan de solidarité qui me
réchauffe le cœur mais risque de me submerger.
Veuillez recevoir mes salutations les plus cordiales, et à la prochaine,
peut-être au tribunal, ou sur des planches plus inspirantes. Amitiés.
vendredi 3 octobre 2008
Ca s'est passé près de chez vous...
Un témoignage pourtant bien réel...
Chers amis , trouvez en pièce jointe l'hallucinant récit de l'agression que j'ai subie cet été par des CRS sur la place du palais des papes à Avignon. Malheureusement ce n'est pas de la fiction mais une très mauvaise tragédie qui se déroule quotidiennement en toute impunité dans de nombreuses villes de France. Je vous écrit cela non pas pour me lamenter sur mon sort mais pour dénoncer, car le plus souvent ceux qui subissent ses violences n'ont pas le courage ou les moyens de se défendre. Etant un homme de théâtre attaqué sur ce lieu mythique qu'est Avignon. Je décide de tenter de résister à ma façon. Notre arme ce sont les mots, ceux qui nous restent pour résister à l'imbécilité et à la violence ambiante. Ne vous gènez pas pour faire circuler ce témoignage. Je vous tiendrais au courant des suites de cette affaire. Je suis convoqué devant le tribunal pour incitation à l'émeute, outrage à agents et violence . C'est du Kafka. Recevez mes meilleures salutations. Amitié Patrick Mohr Je m’appelle Patrick Mohr. Je suis né le 18 septembre 1962 à Genève. Je suis acteur, metteur en scène et auteur. A Genève je dirige une compagnie, le théâtre Spirale, je co-dirige le théâtre de la Parfumerie et m’occupe également du festival « De bouche à oreille. Dans le cadre de mes activités artistiques, je viens régulièrement au festival d’Avignon pour y découvrir des spectacles du « in » et du « off ». Notre compagnie s’y est d’ailleurs produite à trois reprises. Cette année, je suis arrivé dans la région depuis le 10 juillet et j’ai assisté à de nombreux spectacles. Le Lundi 21 juillet, je sors avec mon amie, ma fille et trois de ses camarades d’une représentation d’une pièce très dure sur la guerre en ex-Yougoslavie et nous prenons le frais à l’ombre du Palais des Papes, en assistant avec plaisir à un spectacle donné par un couple d’acrobates. A la fin de leur numéro, je m’avance pour mettre une pièce dans leur chapeau lorsque j’entends le son d’un Djembé (tambour africain) derrière moi. Etant passionné par la culture africaine. (J’y ai monté plusieurs spectacles et ai eu l’occasion d’y faire des tournées.) Je m’apprête à écouter les musiciens. Le percussionniste est rejoint par un joueur de Kamele Ngoni. (Sorte de contrebasse surtout utilisée par les chasseurs en Afrique de l’Ouest.) A peine commencent-ils à jouer qu’un groupe de C.R.S se dirige vers eux pour les interrompre et contrôler leur identité. Contrarié, je me décide à intervenir. Ayant déjà subit des violences policières dans le même type de circonstances il y a une vingtaine d’année à Paris, je me suis adressé à eux avec calme et politesse. Le souvenir de ma précédente mésaventure bien en tête. Mais je me suis dit que j’étais plus âgé, que l’on se trouvait dans un haut lieu culturel et touristique, dans une démocratie et que j’avais le droit de m’exprimer face à ce qui me semblait une injustice. J’aborde donc un des C.R.S et lui demande : « Pourquoi contrôler vous ces artistes en particulier et pas tous ceux qui se trouvent sur la place? » Réponse immédiate. « Ta gueule, mêle-toi de ce qui te regardes! « Justement ça me regarde. Je trouve votre attitude discriminatoire. » Regard incrédule. « Tes papiers ! » « Je ne les ai pas sur moi, mais on peut aller les chercher dans la voiture. » « Mets-lui les menottes ! » « Mais vous n’avez pas le droit de… » Ces mots semblent avoir mis le feu aux poudres. « Tu vas voir si on n’a pas le droit.» Et brusquement la scène a dérapé. Ils se sont jetés sur moi avec une sauvagerie inouïe. Mon amie, ma fille, ses camarades et les curieux qui assistaient à la scène ont reculé choqués alors qu’ils me projetaient au sol, me plaquaient la tête contre les pavés, me tiraient de toutes leurs forces les bras en arrière comme un poulet désarticulé et m’enfilaient des menottes. Les bras dans le dos, ils m’ont relevé et m’ont jeté en avant en me retenant par la chaîne. La menotte gauche m’a tordu le poignet et a pénétré profondément mes chairs. J’ai hurlé : « Vous n’avez pas le droit, arrêtez, vous me cassez le bras ! » « Tu vas voir ce que tu vas voir espèce de tapette. Sur le dos ! Sur le ventre ! Sur le dos je te dis, plus vite, arrête de gémir ! » Et ils me frottent la tête contre les pavés me tordent et me frappent, me traînent, me re-plaquent à terre. La foule horrifiée s’écarte sur notre passage. Mon amie essaie de me venir en aide et se fait violemment repousser. Des gens s’indignent, sifflent, mais personne n’ose interrompre cette interpellation d’une violence inouïe. Je suis traîné au sol et malmené jusqu’à leur fourgonnette qui se trouve à la place de l’horloge 500 m. plus bas. Là. Ils me jettent dans le véhicule, je tente de m’asseoir et le plus grand de mes agresseurs (je ne peux pas les appeler autrement), me donne un coup pour me faire tomber entre les sièges, face contre terre, il me plaque un pied sur les côtes et l’autre sur la cheville il appuie de tout son poids contre une barre de fer. « S’il vous plait, n’appuyez pas comme ça, vous me coupez la circulation. » « C’est pour ma sécurité. » Et toute leur compagnie de rire de ce bon mot. Jusqu’au commissariat de St Roch Le trajet est court mais il me semble interminable. Tout mon corps est meurtri, j’ai l’impression d’avoir le poignet brisé, les épaules démises, je mange la poussière. On m’extrait du fourgon toujours avec autant de délicatesse. Je vous passe les détails de l’interrogatoire que j’ai subi dans un état lamentable. Je me souviens seulement du maquillage bleu sur les paupières de la femme qui posait les questions. « Vous êtes de quelle nationalité ? » « Suisse. » « Vous êtes un sacré fouteur de merde » « Vous n’avez pas le droit de m’insulter » « C’est pas une insulte, la merde » (Petit rire.) C’est fou comme la mémoire fonctionne bien quand on subit de pareilles agressions. Toutes les paroles, tout les détails de cette arrestation et de ma garde à vue resterons gravés à vie dans mes souvenirs, comme la douleur des coups subits dans ma chair. Je remarque que l’on me vouvoie depuis que je ne suis plus entre les griffes des CRS. Mais la violence physique a seulement fait place au mépris et à une forme d’inhumanité plus sournoise. Je demande que l’on m’ôte les menottes qui m’ont douloureusement entaillé les poignets et que l’on appelle un docteur. On me dit de cesser de pleurnicher et que j’aurais mieux fait de réfléchir avant de faire un scandale. Je tente de protester, on me coupe immédiatement la parole. Je comprends qu’ici on ne peut pas s’exprimer librement. Ils font volontairement traîner avant de m’enlever les menottes. Font semblant de ne pas trouver les clés. Je ne sens plus ma main droite. Fouille intégrale. On me retire ce que j’ai, bref inventaire, le tout est mis dans une petite boîte. « Enlevez vos vêtements ! » J’ai tellement mal que je n’y arrive presque pas. « Dépêchez-vous, on n'a pas que ça à faire. La boucle d’oreille ! » J’essaye de l’ôter sans y parvenir. « Je ne l’ai pas enlevée depuis des années. Elle n’a plus de fermoir. » « Ma patience à des limites vous vous débrouillez pour l’enlever, c’est tout ! » Je force en tirant sur le lob de l’oreille, la boucle lâche. « Baissez la culotte ! » Je m’exécute. Après la fouille ils m’amènent dans une petite cellule de garde à vue. 4m de long par 2m de large. Une petite couchette beige vissée au mur. Les parois sont taguées, grattées par les inscriptions griffonnées à la hâte par les détenus de passage. Au briquet ou gravé avec les ongles dans le crépis. Momo de Monclar, Ibrahim, Rachid…… chacun laisse sa marque . L’attente commence. Pas d’eau, pas de nourriture. Je réclame en vain de la glace pour faire désenfler mon bras. Les murs et le sol sont souillés de tâches de sang, d’urine et d’excréments. Un méchant néon est allumé en permanence. Le temps s’étire. Rien ici qui permette de distinguer le jour de la nuit. La douleur lancinante m’empêche de dormir. J’ai l’impression d’avoir le cœur qui pulse dans ma main. D’ailleurs alors que j’écris ces lignes une semaine plus tard, je ne parviens toujours pas à dormir normalement. J’écris tout cela en détails, non pas pour me lamenter sur mon sort. Je suis malheureusement bien conscient que ce qui m’est arrivé est tristement banal, que plusieurs fois par jours et par nuits dans chaque ville de France des dizaines de personnes subissent des traitements bien pires que ce que j’ai enduré. Je sais aussi que si j’étais noir ou arabe je me serais fait cogner avec encore moins de retenue. C’est pour cela que j’écris et porte plainte. Car j’estime que dans la police française et dans les CRS en particulier il existe de dangereux individus qui sous le couvert de l’uniforme laissent libre cour à leurs plus bas instincts. (Evidement il y a aussi des arrestations justifiées, et la police ne fait pas que des interventions abusives. Mais je parle des dérapages qui me semblent beaucoup trop fréquents.) Que ces dangers publics sévissent en toute impunité au sein d’un service public qui serait censé protéger les citoyens est inadmissible dans un état de droit. J’ai un casier judiciaire vierge et suis quelqu’un de profondément non violent, par conviction, ce type de mésaventure me renforce encore dans mes convictions, mais si je ne disposais pas des outils pour analyser la situation je pourrais aisément basculer dans la violence et l’envie de vengeance. Je suis persuadé que ce type d’action de la police nationale visant à instaurer la peur ne fait qu’augmenter l’insécurité en France et stimuler la suspicion et la haine d’une partie de la population (Des jeunes en particulier.) face à la Police. En polarisant ainsi la population on crée une tension perpétuelle extrêmement perverse. Comme je suis un homme de culture et de communication je réponds à cette violence avec mes armes. L’écriture et la parole. Durant les 16h qu’a duré ma détention. (Avec les nouvelles lois, on aurait même pu me garder 48h en garde à vue.) Je n’ai vu dans les cellules que des gens d’origine africaine et des gitans. Nous étions tous traité avec un mépris hallucinant. Un exemple, mon voisin de cellule avait besoin d’aller aux toilettes. Il appelait sans relâche depuis près d’une demi heure, personne ne venait. Il c’est mit à taper contre la porte pour se faire entendre, personne. Il cognait de plus en plus fort, finalement un gardien exaspéré surgit. »Qu’est ce qu’il y a ? » « J’ai besoin d’aller aux chiottes. » « Y a une coupure d’eau. » Mais j’ai besoin. » « Y a pas d’eau dans tout le commissariat, alors tu te la coince pigé. » Mon voisin qui n’est pas seul dans sa cellule continue de se plaindre, disant qu’il est malade, qu’il va faire ses besoins dans la cellule. « Si tu fais ça on te fait essuyer avec ton t-shirt. » Les coups redoublent. Une voix féminine lance d’un air moqueur. « Vas-y avec la tête pendant que tu y es. Ca nous en fera un de moins. » Eclats de rire dans le couloir comme si elle avait fait une bonne plaisanterie. Après une nuit blanche vers 9h du matin on vient me chercher pour prendre mon empreinte et faire ma photo. Face, profil, avec un petit écriteau, comme dans les films. La dame qui s’occupe de cela est la première personne qui me parle avec humanité et un peu de compassion depuis le début de ce cauchemar. « Hee bien, ils vous ont pas raté. C’est les CRS, ha bien sur. Faut dire qu’on a aussi des sacrés cas sociaux chez nous. Mais ils sont pas tous comme ça. » J’aimerais la croire. Un officier vient me chercher pour que je dépose ma version des faits et me faire connaître celle de ceux qui m’ont interpellé. J’apprends que je suis poursuivi pour : outrage, incitation à l’émeute et violence envers des dépositaires de l’autorité publique. C’est vraiment le comble. Je les aurais soi disant agressés verbalement et physiquement. Comment ces fonctionnaires assermentés peuvent ils mentir aussi éhontement ? Je raconte ma version des faits à l’officier. Je sens que sans vouloir l’admettre devant moi, il se rend compte qu’ils ont commis une gaffe. Ma déposition est transmise au procureur et vers midi je suis finalement libéré. J’erre dans la ville comme un boxeur sonné. Je marche péniblement. Un mistral à décorner les bœufs souffle sur la ville. Je trouve un avocat qui me dit d’aller tout de suite à l’hôpital faire un constat médical. Je marche longuement pour parvenir aux urgences ou je patiente plus de 4 heures pour recevoir des soins hâtifs. Dans la salle d’attente, je lis un journal qui m’apprend que le gouvernement veut supprimer 200 hôpitaux dans le pays, on parle de couper 6000 emplois dans l’éducation. Sur la façade du commissariat de St Roch j’ai pu lire qu’il allait être rénové pour 19 millions d’Euros. Les budgets de la sécurité sont à la hausse, on diminue la santé, le social et l’éducation. Pas de commentaires. Je n’écris pas ces lignes pour me faire mousser, mais pour clamer mon indignation face à un système qui tolère ce type de violence. Sans doute suis-je naïf de m’indigner. La plupart des Français auxquels j’ai raconté cette histoire ne semblaient pas du tout surpris, et avaient connaissance de nombreuses anecdotes du genre. Cela me semble d’autant plus choquant. Ma naïveté, je la revendique, comme je revendique le droit de m’indigner face à l’injustice. Même si cela peut paraître de petites injustices. C’est la somme de nos petits silences et de nos petites lâchetés qui peut conduire à une démission collective et en dernier recours aux pires systèmes totalitaires. (Nous n’en sommes bien évidement heureusement pas encore là.) Depuis ma sortie, nous sommes retournés sur la place de papes et nous avons réussi à trouver une douzaine de témoins qui ont accepté d’écrire leur version des faits qui corroborent tous ce que j’ai dis. Ils certifient tous que je n’ai proféré aucunes insultes ni n’ai commis aucune violence. Les témoignages soulignent l’incroyable brutalité de l’intervention des CRS et la totale disproportion de leur réaction face à mon intervention. J’ai essayé de retrouver des images des faits, mais malheureusement les caméras qui surveillent la place sont gérées par la police et, comme par hasard elles sont en panne depuis début juillet. Il y avait des centaines de personnes sur la place qui auraient pu témoigner, mais le temps de sortir de garde à vue, de me faire soigner et de récupérer suffisamment d’énergie pour pouvoir tenter de les retrouver. Je n’ai pu en rassembler qu’une douzaine. J’espère toujours que peut être quelqu’un ait photographié ou même filmé la scène et que je parvienne à récupérer ces images qui prouveraient de manière définitive ce qui c’est passé. Après 5 jours soudain, un monsieur africain m’a abordé, c’était l’un des musiciens qui avait été interpellé. Il était tout content de me retrouver car il me cherchait depuis plusieurs jours. Il se sentait mal de n’avoir rien pu faire et de ne pas avoir pu me remercier d’être intervenu en leur faveur. Il était profondément touché et surpris par mon intervention et m’a dit qu’il habitait Grenoble, qu’il avait 3 enfants et qu’il était français. Qu’il viendrait témoigner pour moi. Qu’il s’appelait Moussa Sanou. « Sanou , c’est un nom de l’ethnie Bobo. Vous êtes de Bobo-Dioulasso ? » « Oui. » Nous nous sommes sourit et je l’ai salué dans sa langue en Dioula. Il se trouve que je vais justement créer un spectacle prochainement à Bobo-Dioulasso au Burkina-faso. La pièce qui est une adaptation de nouvelles de l’auteur Mozambicain Mia Couto s’appellera « Chaque homme est une race » et un des artistes avec lequel je vais collaborer se nomme justement Sanou. Coïncidence ? Je ne crois pas. Je suis content d’avoir défendu un ami, même si je ne le connaissais pas encore. La pièce commence par ce dialogue prémonitoire. Quand on lui demanda de quelle race il était, il répondit : « Ma race c’est moi. » Invité à s’expliquer il ajouta « Ma race c’est celui que je suis. Toute personne est à elle seule une humanité. Chaque homme est une race, monsieur le policier. » Patrick Mohr 28 juillet 2008
lundi 29 septembre 2008
Le pot fêlé
Une vieille dame chinoise possédait deux grands pots, chacun
suspendu au bout d'une perche qu'elle transportait, appuyée
derrière son cou.
Un des pots était fêlé, alors que l'autre pot était en parfait
état et rapportait toujours sa pleine ration d'eau. À la fin de la
longue marche du ruisseau vers la maison, le pot fêlé lui n'était plus
qu'à moitié rempli d'eau.
Tout ceci se déroula quotidiennement pendant deux années
complètes, alors que la vieille dame ne rapportait chez elle qu'un
pot et demi d'eau.
Bien sûr, le pot intact était très fier de ses exploits.
Mais le pauvre pot fêlé lui avait honte de ses propres
imperfections et se sentait triste, car il ne pouvait faire que
la moitié du travail pour lequel il avait été créé.
Après deux années de ce qu'il percevait comme un échec, il
s'adressa un jour à la vieille dame, alors qu'ils étaient près du
ruisseau. « J'ai honte de moi-même, parce que la fêlure sur mon
côté laisse l'eau s'échapper tout le long du chemin lors du retour
vers la maison. »
La vieille dame sourit : « As-tu remarqué qu'il y a des fleurs sur
ton côté du chemin et qu'il n'y en a pas de l'autre côté ? J'ai
toujours su à propos de ta fêlure ; donc, j'ai semé des graines de
fleurs de ton côté du chemin et, chaque jour, lors du retour à la
maison, tu les arrosais. Pendant deux ans, j'ai pu ainsi cueillir
de superbes fleurs pour décorer la table. Sans toi, étant
simplement tel que tu es, il n'aurait pu y avoir cette beauté pour
agrémenter la nature et la maison. »
Chacun de nous avons nos propres manques, nos propres fêlures.
Mais ce sont chacune de ces craquelures, chacun de ces manques, qui
rendent nos vies ensemble si intéressantes et enrichissantes à
trouver ce qu'il y a de bon en chacune d’elles.
Donc, à tous mes amis fêlés, passez une superbe journée et
rappelez-vous de prendre le temps de sentir les fleurs qui
poussent sur votre côté du chemin.
dimanche 13 juillet 2008
Aimer la main ouverte
Aimer la main ouverte
Cette semaine, en parlant avec un ami, je me suis rappelé une histoire que j'ai entendu raconter cet été.
< Une personne compatissante, voyant un papillon lutter pour se liberer de son cocon, et voulant l'aider, ecarta avec beaucoup de douceur les filaments pour degager une ouverture. Le papillon liberé sortit du cocon et battit des ailes, mais ne put s'envoler. Ce qu'ignorait cette personne compatissante, c'est que c'est seulement au travers du combat pour la naissance que les ailes peuvent devenir suffisamment fortes pour l'envol. Sa vie raccourcie, il la passa a terre. Jamais il ne connut la liberté, jamais il ne vécut réellement. >
Apprendre a aimer la main ouverte est une toute autre demarche.
C'est un apprentissage qui a cheminé progressivement en moi, façonne dans les feux de la souffrance et les eaux de la patience. J'apprends que je dois laisser libre quelqu'un que j'aime, parce que si je m'agrippe, si je m'attache, si j'essaie de contrôler, je perds ce que je tente de garder.
Si j'essaie de changer quelqu'un que j'aime, parce que je sens que je sais comment cette personne devrait être, je lui vole un droit précieux, le droit d'être responsable de sa propre vie, de ses propres choix, de sa propre façon de vivre.
Chaque fois que j'impose mon désir ou ma volonté, ou que j'essaie d'exercer un pouvoir sur une autre personne, je la depossède de la pleine réalisation de sa croissance et de sa maturation. Je la brime et la contrecarre par mon acte de possession, meme si mes intentions sont les meilleures.
Je peux brimer et blesser en agissant avec la plus grande bonté, pour proteger quelqu'un.
Et une protection et une sollicitude excessives peuvent signifier a une autre personne plus éloquemment que des mots :
< Tu es incapable de t'occuper de toi-meme, je dois m'occuper de toi parce que tu m'appartiens. Je suis responsable de toi. >
Au fur et a mesure de mon apprentissage et de ma pratique, je peux dire a quelqu'un que j'aime :
< Je t'aime, je t'estime, je te respecte et j'ai confiance en toi. Tu as en toi ou tu peux developper la force de devenir tout ce qu'il t'est possible de devenir, a condition que je ne me mette pas en travers de ton chemin. Je t'aime tant, que je peux te laisser la liberté de marcher a côte de moi, dans la joie et dans la tristesse. Je partagerai tes larmes, mais je ne te demanderai pas de ne pas pleurer. Je repondrai, si tu as besoin de moi, je prendrai soin de toi, je te reconforterai, mais je ne te soutiendrai pas quand tu pourras marcher tout seul. Je serai prête a être à tes côtes dans la peine et la solitude, mais je ne les eloignerai pas de toi. Je m'efforcerai d'ecouter ce que tu veux dire, mais je ne serai pas toujours d'accord avec toi.
Parfois, je serai en colère, et quand je le serai, j'essaierai de te le dire franchement, de façon a ne pas avoir besoin d'etre irritée de nos differences, ni de me brouiller avec toi.
Je ne peux pas toujours être avec toi ou écouter ce que tu dis, parce qu'il y a des moments ou je dois m'écouter moi-même, prendre soin de moi. Quand cela arrivera, je serai aussi sincère avec toi que je pourrai l'être. >
J'apprends a dire cela a ceux que j'aime et qui sont avec moi, que ce soit avec des mots ou par ma façon d'être avec les autres et avec moi-même. Voila ce que j'appelle < aimer la main ouverte >.
Je ne peux pas toujours m'empêcher de mettre mes mains dans le cocon mais j'y arrive mieux, beaucoup mieux depuis que je me respecte aussi.
Ruth SANFORD,
in < L'Enfant & laVie >,
n°110,
avril-mai-juin 1997.
jeudi 22 mai 2008
La brutalisation du corps féminin dans la médecine moderne
Effrayant et pourtant criant de vérités...
LA BRUTALISATION DU CORPS FEMININ DANS LA MEDECINE MODERNE
Marc Girard
consultant et expert près la Cour d'appel de
Versailles (Médicament et recherche biomédicale)
I. Un univers inversé
Quand je pense à la médicalisation du corps féminin, je suis frappé
par quelque chose de sinistre : tout cela s'est constitué comme un
inquiétant univers inversé, comme une sorte de monde à l'envers
effrayant où les impulsions les plus élémentaires et les moins
contestables de notre nature sexuée sont comme systématiquement
mises hors jeu, remplacées qu'elles se trouvent par des rituels
caricaturalement antagonistes : facilement objectivable par le
spécialiste de recherche clinique, c'est bien cette dimension de
caricature, de trop, qui ne laisse pas de préoccuper et d'exhorter
le freudien à l'interprétation.
Prenons le jeu pourtant élémentaire du regard et de la pudeur :
l'homme – il est construit comme cela – cherche toujours à en voir
plus que la femme n'est disposée à lui montrer, et la séduction est
d'abord la conquête par le regard d'une intimité progressivement
dévoilée. Même sans y avoir été invité par une jupe trop fendue ou
un décolleté un peu profond, l'homme – certes à ses risques et
périls – s'ingénie à reconstituer l'anatomie féminine fût-elle
dissimulée par la plus grossière des étoffes. C'est comme cela,
probablement un peu partout, sauf en terre médicale : la pudeur et
la séduction n'ont plus aucune raison d'être dès qu'on franchit les
limites d'un service de gynécologie. Aux consultations du Planning
familial, la plus splendide des gamines était requise de se
déshabiller complètement dans une cabine, d'attendre la lumière
verte et de se présenter entièrement nue, durant toute la
consultation, devant un individu en blouse blanche généralement
parfaitement inconnu et interchangeable d'une consultation sur
l'autre. Il fallait donc en passer par là, par cette stupéfiante
mise en scène du désir évacué, pour obtenir le sésame d'une
sexualité « libérée ». Or, quelle justification technique pour ce
rituel dégradant ? Aucune : l'intérêt de la consultation préalable
avant prescription de pilule est tellement problématique que l'on a
envisagé un temps de la supprimer et, en tout état de cause, les
paramètres pertinents en matière de contre-indications relèvent plus
de mesures chastes (prise de poids ou de pression artérielle) ou
d'examens complémentaires (prise de sang) que d'évaluations fondées
sur un attentat à la pudeur.
Autre exemple de pulsion élémentaire : la possessivité mâle. Chez
les mammifères en général, et les hommes en particulier,
l'adrénaline monte très vite quand un mâle voit un autre mâle
s'approcher d'une femelle sur laquelle – à tort ou à raison – il
estime disposer de certaines prérogatives. Ça a toujours été comme
cela – ça sous-tend même une bonne part des théories de Darwin –,
sauf à l'hôpital. Entrez dans une salle d'accouchement. Le mari est
là (c'est un acquis paraît-il précieux de l'obstétrique moderne), on
lui a même fait revêtir la tunique blanche des agresseurs. Sa femme
est là, elle aussi, entièrement nue encore une fois et tout le monde
l'agresse : on la force à rester allongée quand aucune femme
n'aurait jamais spontanément l'idée incongrue de s'allonger pour
accoucher, de toute façon on a pris soin de l'attacher dans
l'improbable cas où elle voudrait bouger, on lui rase les poils de
la vulve, on l'engueule si elle se plaint trop (accouchement « sans
douleur » oblige) et on va finir par lui taillader la vulve. Et dans
cette séquence d'une sauvagerie inouïe, que fait le mari ? Il se
pâme d'émotion, se confond en remerciements à l'égard des brutes qui
s'acharnent sur son épouse, sans apercevoir que de tels actes de
barbarie sur une femme innocente justifieraient un meurtre dans
n'importe quelle autre circonstance. Or, quelle justification
technique, là encore ? Aucune : les rares investigations disponibles
confirment l'idée de bon sens que l'accouchement en position
accroupie est infiniment plus eutocique que l'accouchement en
décubitus, et je reviendrai plus loin sur la monstrueuse absurdité
de l'épisiotomie. De plus, et tout en attendant avec beaucoup
d'impatience la ou les études qui démontreront l'intérêt du rasage
vulvaire, réfléchissons de façon un peu rationnelle à cette
obsession de l'asepsie en obstétrique. Juste avant la naissance, un
nouveau-né se présente comme un être absolument vierge
bactériologiquement, à ce titre extrêmement vulnérable à toute
contamination microbienne ; dans cette situation exceptionnelle, la
filière vaginale – quoique objectivement grouillante – n'est pas
cette zone plus ou moins accréditée comme immonde par des décennies
de médecine et de microbiologie, mais une voie de passage
providentielle au travers de laquelle le corps du bébé va se voir
massivement colonisé par ce qu'on peut concevoir de plus « ami » en
matière d'interactions bactériennes – les germes de sa mère ; on
peut admettre sans grand effort qu'en matière d'amitiés microbiennes
bilatérales, les germes du père, ensuite, méritent une inscription
de second rang – et que de toute façon, qu'elles soient maternelles
ou paternelles, les inévitables potentialités pathogènes liées à
toute cette circulation bactérienne ou mycosique seront contrôlées
au mieux par tous les transferts immunologiques inhérents à
l'allaitement naturel. Or, c'est précisément cette dynamique subtile
d'écologie microbienne que le cérémonial obstétrical s'applique à
réduire à néant, en contrariant – par des mesures censément «
hygiéniques » dont l'intérêt n'a jamais été si peu que ce soit
validé – les colonisations amies et en maximisant l'exposition du
bébé à des germes d'origine hospitalière. Certes, il n'existe pas, à
ma connaissance, d'étude épidémiologique démontrant que le risque
d'infection néo-natale soit réduit par un accouchement non
hospitalier , mais il semble clair que, dépourvu du moindre intérêt
technique documenté, le cérémonial obstétrical classique maximise ce
qui reste, pour une grossesse d'évolution normale (il y en a
encore…), le risque numéro un de la période néo-natale : l'infection.
On voit, sur la base de ces deux exemples, qu'il s'agit bien de
ritualisations perverses et non pas de procédures garanties par
l'exigence hippocratique de chasteté dans la relation
thérapeutique : il n'y a rien de chaste dans le fait de forcer une
jeune femme, éventuellement vierge, à se présenter entièrement nue,
surtout lorsqu'il est patent que cette humiliation ne correspond à
aucune contrainte technique. A titre de contre-exemple évocateur, on
citera le cérémonial de la cure freudienne dans lequel l'intimité
dévoilée (mais progressivement !) n'est même pas incompatible avec
la circulation du désir via transfert et contre-transfert, puisque
ce désir est, lui, authentiquement contraint par une exigence de
chasteté dont la justification technique va de soi.
II. Une inversion à sens unique
Cette propension de la médecine à mettre en œuvre, sans le moindre
motif technique, des rituels d'inversion qui bafouent la dignité
sexuelle de la femme est d'autant plus frappante que symétriquement,
les médecins sont le plus souvent aux abonnés absents quand leurs
savoirs les mettraient en position de réintégrer, ou de renforcer
les individus dans leur intégrité sexuelle. Deux exemples là encore.
-- Il existe, à l'heure actuelle et chez des milliers de jeunes femmes, une immense misère sexuelle dont on parle étonnamment peu, à
savoir celle liée aux mycoses génitales récurrentes. Sur cette
question, la doxa médicale me paraît là encore marquée par une
préoccupante irrationalité. Je ne connais aucune étude sérieuse
validant la thèse du « foyer digestif » (qui a été cependant la
providence des marchands d'antimycosiques per os) et, elle non plus
validée par aucune étude, la recommandation de traiter le partenaire
défie la raison : par rapport à un désordre patent de l'écologie des
germes commensaux, ça rime à quoi de prendre le risque que les
levures avec lesquelles l'homme viendra nécessairement recontaminer
sa partenaire aient éventuellement acquis des résistances aux anti-
fongiques ?… En revanche, nous savons que la cause actuellement la
mieux identifiée de déséquilibre écologique pour la flore vaginale
est bel et bien la pilule, et l'expérience suggère que l'éradication
de cette cause se traduit le plus souvent par des guérisons
spectaculaires : mais même à notre époque de « libération »
supposée, les jeunes femmes, apparemment, n'ont pas droit à une
information claire quant aux inconvénients iatrogènes de la
contraception orale sur leur équilibre sexuel .
-- L'autre exemple concerne cette misère encore plus pathétique des jeunes mères, innombrables elles aussi, qui ne parviennent pas à
allaiter leur enfant faute de produire du lait en suffisance. Il
suffit de feuilleter les manuels de périnatologie pour apercevoir,
de par la variété des remèdes proposés (la bière…), la fréquence et
la régularité d'un problème dont on sait comme il peut être vécu par
les intéressées avec angoisse, humiliation et désespoir. Or, alors
que tout le monde sait que l'ocytocine est l'hormone-clé de la
montée laiteuse, personne ne semble s'être avisé que l'orgasme en
est le moyen de libération le plus sûr et le moins cher. Vous me
direz, évidemment, à six tétées par jour, le pré-requis orgasmique
risque de se révéler éprouvant : mais outre que cela reste à voir et
que c'est une question de choix personnel, l'expérience suggère
qu'il n'en faut pas autant pour rassurer la jeune femme et l'ancrer
dans le sentiment de sa suffisance comme mère nourricière. En tout
état de cause, c'est aussi un moyen plus facétieux et moins
humiliant que le rituel de la salle d'accouchement pour associer le
père à la cogestion du post-partum…
Cette agression ritualisée de la dignité physique et sexuelle de la
femme n'est qu'une mise en actes d'un état d'esprit bien plus
général et profond qui conduit à nier tant la perplexité de l'homme
devant la féminité que son inépuisable fascination pour l'esthétique
du corps féminin.
III. Une presqu'île insipide
Par opposition à la perplexité avouée de Freud pour le fameux «
continent noir », on pourrait dire que dans l'axiologie médicale
classique, la féminité c'est au mieux un village de plaisance – ou
une presqu'île insipide. La médecine, en effet, n'est jamais en
panne de réponse quand il s'agit de délimiter les territoires du
féminin. Comme moi, sans doute, vous avez appris qu'en cas de
dysgénésie gonadique à la naissance, il était plus facile
d'envisager la reconstruction chirurgicale d'un femme que celle d'un
homme : mais quoi de « féminin » dans la reconstruction finale ?…
En tout état de cause, dans les grimoires médicaux, l'équation du
féminin est le plus souvent du premier degré – et sans inconnue.
S'interroge-t-on – ce qu'on ne fait pas assez souvent – quant aux
effets de la contraception orale sur la libido féminine que l'on se
voit répondre que chez la femme, l'essentiel se passe dans la tête :
c'est d'ailleurs vrai que quand on s'applique à obtenir par des
moyens hormonaux symétriques le même type de contraception chez
l'homme, les vomissements incoercibles ou les troubles de l'érection
sont des stigmates plus voyants du pouvoir des glandes sur la
sexualité humaine… Quoi qu'il en soit et nonobstant cette concession
au symbolique finalement assez exceptionnelle en médecine, la femme
de 50 ans et plus redevient une femelle purement estrogénodépendante
quand il s'agit de justifier un traitement hormonal de substitution
(d'ailleurs contre l'évidence cumulée des investigations cliniques
ou épidémiologiques.) Tout dans la tête avant 50 ans, tout dans les
ovaires après…
Chez les jeunes femmes de toute façon, cette primauté du symbolique,
pour avantageuse qu'elle soit quand il convient de nier les effets
iatrogènes d'une authentique castration chimique, s'efface
absolument lorsqu'on en arrive à une autre équation du féminin où il
semble cette fois aller de soi que les paramètres du psychisme
doivent être mis hors jeu : je veux parler de la fécondité et des
problèmes de l'infertilité. Pas de doute, à présent : tout est dans
les glandes et c'est bien à la substitution de leurs défaillances
élémentaires que s'attachent – pour un coût financier exorbitant
soit dit en passant – les innombrables procédures de procréation
artificielle. Or, qu'est-ce les heureuses élues vont se voir offrir
en échange de leurs coïts programmés dans l'horreur d'une
médicalisation absolue, généralement étalée sur des années ? Outre
des effets iatrogènes assez préoccupants, voire potentiellement
fatals, des résultats d'efficacité problématiques dont on ne peut
pas dire qu'ils aient fait l'objet de validations très rigoureuses ;
une récente méta-analyse montre que, sur les essais cliniques
publiés – càd au top de la pratique en la matière – moins de 10% des
études expriment leurs résultats en termes de naissance viable,
paramètre d'évaluation dont on aurait pu penser, pourtant, qu'il
s'impose comme le seul pertinent. De recoupement en recoupement sur
ces données tronquées, on en arrive à reconstituer un taux de
réussite d'environ 25% des cas, ce qui doit correspondre au
pourcentage notoirement reconnu depuis l'antiquité au moins pour une
naissance spontanée dans une population de femmes réputées plus ou
moins « stériles »… Je n'ai pas su si je devais rire ou pleurer
quand une femme tombée enceinte environ six mois après que je
l'avais arrachée à des années de médicalisation forcenée pour «
stérilité » m'a confiée sa lassitude d'être encore obligée de
prendre la pilule plus de 10 ans après, et sa colère de s'être
récemment fait jeter pas sa gynécologue qui a jugé, dans un accès
inhabituel de modération, qu'on devrait attendre encore avant
d'envisager une ligature des trompes à 48 ans …
IV. Un martyrologe constamment renouvelé
Tout cela serait plaisant si ce n'était tragique. Car cette
conception simplissime de la féminité sous-tend, par son arrogance
et le manque de scrupules résultant, une véritable martyrologie des
femmes : la médecine moderne n'a jamais eu peur de faire souffrir le
corps féminin, voire de le mutiler, ou de le tuer.
Nous savons, parce que cela a été démontré, que voici encore
relativement peu à l'échelle de l'histoire moderne, la mortalité
iatrogène des accouchées était sans commune mesure avec celle des
femmes échappant à tout contrôle médical. Mais mon propos ne
concerne pas que le passé : pour stupéfiante qu'elle soit, la
durabilité du mépris ou de la haine pour la vulve féminine est
attestée aujourd'hui encore par l'incroyable persistance d'une
pratique que, lors d'un récent débat dans les colonnes du Lancet,
nous sommes quelques-uns à avoir qualifiée de « barbare » – je veux
parler de l'épisiotomie. Interrogez n'importe quel obstétricien,
n'importe quelle sage-femme, on vous répondra que la chose n'est
jamais opérée qu'avec le plus grand discernement et que, de toute
façon, la procédure est remarquablement bénigne et indolore.
Interrogez les chiffres, à présent, et vous verrez que ledit
discernement conduit à taillader environ 95% des accouchées, tout
portant à croire que celles qui en réchappent ont eu le bon goût
d'accoucher assez vite pour qu'on n'ait pas le temps de sortir les
ciseaux. Interrogez la méthodologie de la recherche pharmaceutique :
vous verrez que cette procédure réputée si indolore est l'un des
modèles le mieux établis pour les essais cliniques sur les
antalgiques. Interrogez l'évidence cumulée de dizaines d'essais sur
l'efficacité d'une procédure aussi incroyablement brutale : vous
apprendrez qu'en moyenne, les déchirures périnéales après
épisiotomie sont plus graves et plus délabrantes que celles qui
surviennent spontanément. Interrogez, enfin, les femmes dans leur
intimité : vous verrez que le nombre de celles qui n'osent se
plaindre de séquelles durables, notamment dans leur vie sexuelle,
n'est pas négligeable .
Les exemples pourraient être multipliés. Car, même si la médecine
n'a jamais pu envisager l'équation du féminin sous forme autre
qu'élémentaire, elle est néanmoins passée maître dans les techniques
de simplification : il est considéré comme acquis en effet que tout
ce qui pose problème dans l'anatomo-physiologie du corps féminin
peut être éliminé sans autre forme de procès. Il en va ainsi, on l'a
vu, de la subtile machinerie encore mal comprise du cycle hormonal,
même si le prix à payer – outre une qualité de vie problématique –
va des effets cutanés plus ou moins graves ou voyants aux cancers du
sein en passant par les accidents cardio-vasculaires : une récente
étude a estimé à quelque 430 par ans le nombre de jeunes Américaines
redevables à leur contraception orale d'une hémorragie sous-
arachnoïdienne, chiffre considérable eu égard au fait que ces
hémorragies méningées ne sont quand même pas la complication la plus
fréquente ni la mieux documentée de la pilule. En tout état de
cause, qu'il s'agisse du col ou du corps utérin, des ovaires, des
trompes, des seins, de la thyroïde, des plaques de cellulite ou,
bien entendu, des poils vulvaires, il n'est pas une partie du corps
féminin qui soit réputée irremplaçable. Que dire des tonnes de seins
qui sont partis à la poubelle sur la base d'une mammographie mal lue
dans un contexte, de toute façon, où nous sommes toujours dans
l'attente d'une démonstration convaincante de l'intérêt de cette
procédure radiographique douloureuse et incertaine que l'on
s'acharne néanmoins à accréditer comme providentielle dans une
idéologie du « prophylactiquement correct » ? Que dire encore de ce
prophylactiquement correct qui a conduit, depuis des dizaines
d'années, des millions de femmes ménopausées à ingurgiter, sur des
arguments de pure complaisance, des estrogènes de substitution quand
il apparaît des premiers essais cliniques enfin mis en place que les
effets effectivement observés en pratique sont strictement
antagonistes avec ceux qui ont sous-tendu la promotion de ces
traitements .
V. Réponse à tout
Ce qui ressort de ce bref inventaire, c'est aussi que la
brutalisation, voire le martyre du corps féminin ne peuvent être
imputés aux excès d'une technicisation désexuante qui s'appliquerait
identiquement à l'homme : pour envisager une orchidectomie même chez
un homme très âgé, on y regarde de plus près que pour « la totale »
chez une femme passée la quarantaine alors même que se posent, chez
la seconde, des problèmes de statique pelvienne qui n'ont aucun
équivalent chez le premier. Que la médecine occidentale soit
brutale, excessivement brutale ne fait pas l'ombre d'un doute. Mais
mon propos de ce jour ne vise pas cette brutalité séculaire : il
pointe un excès de brutalité qui touche spécifiquement la femme.
Dans la pratique médicale, le corps féminin fait l'objet d'un excès
d'attention, car c'est bien dans tous les domaines de la féminité et
à chaque étape de la vie que la médecine s'interpose – et qu'elle a
réponse à tout. Depuis au moins la pré-adolescence jusqu'à la post-
ménopause, les femmes sont l'objet d'une surveillance toute
spécifique, et les remèdes qu'on leur propose font frémir le
spécialiste de iatrogénie : les hormones de croissance à la moindre
alerte sur la puberté (qu'elle soit présumée précoce ou tardive),
les progestatifs aux premiers troubles des règles, la pilule le plus
tôt possible à titre de précaution tous azimuts – par exemple pour
accompagner une prescription d'anti-acnéique ! –, les FIV aux
premiers symptômes d'une subfertilité initialement supposée mais
durablement consolidée ensuite par une médicalisation délirante, les
échographies multipliées dès le premiers jour de grossesse,
l'épisiotomie assurée pour l'accouchement et les césariennes à tire-
larigot pour un oui pour un non, le stérilet ensuite, puis les
hormones de substitution dont quelques malins commençaient même à
nous expliquer l'intérêt dès la quarantaine via la subtile
innovation nosographique de la « pré-ménopause », etc. Quoi de
comparable chez l'homme ?
Mais cet excès d'attention qui a réponse à tout à chaque étape de la
vie – c'est une attention de réduction, de dénégation et plus
encore, de dégradation : les poils intimes ne sont plus qu'une
broussaille nauséabonde source de toutes les contaminations
potentielles, la vulve n'est qu'un étranglement inopportun, l'utérus
une source évitable d'emmerdements, les ovaires des glandes
facilement substituables, les seins des morceaux de barbaque sans
intérêt vital. Dans l'idéal du corps ainsi rectifié par la médecine,
qu'est-ce qui reste de féminin ? J'ai introduit mon propos en
évoquant un monde inversé…
VI. Récupération
Il arrive néanmoins que l'évidence – au sens des anglo-saxons –
finisse par faire entendre sa voix dans un tel délire. C'est ce qui
s'est passé, par exemple, pour l'allaitement maternel, dont plus
personne ne conteste sérieusement les vertus. Mais après l'énorme
essai d'y substituer un allaitement artificiel dans les années 50,
la médecine n'a fait aucun effort sérieux d'autocritique – ni pour
identifier rétrospectivement les sirènes qui avaient pu conduire une
profession entière à engager les mères sur la voie d'un artifice
aussi dommageable, ni pour évaluer sérieusement les conséquences
sanitaires de l'allaitement artificiel sur toute une génération :
aujourd'hui, l'allaitement « maternel » – ne dites jamais : «
naturel » – et bel et bien conçu comme une victoire de la médecine
moderne – une victoire sur des pratiques anciennes dont on a oublié
le déterminisme exact mais où il est tenu comme allant de soi que
l'obscurantisme féminin a dû finalement s'effacer devant la
rationalité médicale.
Il en va de même avec les mammectomies, heureusement en voie de
régression. Loin d'esquisser un mouvement de repentance et de
reconnaître qu'en matière de cancer du sein, la médecine a fait plus
ou moins n'importe quoi, les gynécologues, la main dans la main avec
les radiologues et les cancérologues, tendent à accréditer comme un
miracle de la médecine moderne qu'on trouve encore des femmes de la
quarantaine avec des nichons intacts ! Mais à une condition,
évidemment : qu'elles fassent allégeance à une médicalisation qui
leur impose le rituel pénible et techniquement non validé de la
mammographie, pour ne point parler, chez certaines, du tamoxifène
qui, outre une prise de poids conséquente, les bouffées de chaleur
et des métrorragies incontrôlables, remplace le risque – minime –
d'un cancer controlatéral par celui d'un accident vasculaire
cérébral… Bah ! c'est quoi la tête, chez une femme ?…
Ainsi, lorsque le féminin revient au galop après que les médecins
ont cherché à l'éliminer, ce n'est pas pour repérer les limites de
la brutalisation, mais au contraire pour accréditer une récupération
et célébrer le triomphe de la médicalisation.
VII. L'immonde féminin
Soit donc le livre légèrement daté d'un éminent académicien qui
s'intitule : Hygiène et maladies de la femme. On n'aurait aucune
peine à documenter, sur d'innombrables écrits équivalents, cette
obsession de la médecine à l'égard de l'hygiène féminine. Mais ça
viendrait à l'esprit de qui d'écrire un livre : Hygiène et maladies
de l'homme ?…
Il faut donc comprendre que c'est parce qu'elles sont
potentiellement dégoûtantes que les femmes ont besoin d'une telle
attention médicale : la médecine comme barrière à l'immonde féminin…
Nous touchons-là un des thèmes de recherche sur lequel je souhaitais
attirer votre attention. A n'en pas douter, l'antagonisme
homme/femme est antérieur à la naissance de la médecine moderne :
mais il revient à cette médecine d'avoir déplacé les racines de
l'antagonisme d'une angoisse fondamentale – la peur viscérale de
l'homme à l'égard des puissances supposées du féminin – à un simple
dégoût rationalisé sur la base d'un supposé savoir quant à la
physiopathologie des femmes.
Face à ce corps bâti en reliefs et en creux comme pour la prise et
l'emprise, l'homme, probablement depuis la nuit des temps, se trouve
cisaillé par une double angoisse : rater l'abordage, certes, mais
également laisser inassouvi ce creux par essence inépuisable. Car
lorsque l'homme ne peut plus, la femme peut encore – il lui suffit
de vouloir… C'est bien cette angoisse fondamentale – au cœur du
Sacré – qui se trouve désamorcée par les pseudo-savoirs de la
médecine : l'homme a raison non d'avoir peur, mais de se méfier, car
on ne sait jamais quelles saletés on va trouver au fond de ce trou-
là, et il n'y a rien d'inépuisable, d'autre part, dans ce corps
féminin qu'il est tellement facile de pénétrer par spéculum
interposé ou de démonter par morceaux…
VIII. Déculturation
J'en viens à la deuxième hypothèse que je voulais évoquer devant
vous, qui touche à l'origine historique de ce déplacement.
Historiquement, il est possible de corréler cette « prise en main »
du corps féminin avec les premiers essais de médicalisation de
l'accouchement, lorsque les chirurgiens commencent à s'immiscer.
C'est l'époque qui introduit à l'idée de sages-femmes accréditées
par l'autorité conjointe du Roi et du curé local. C'est aussi
l'époque où l'on voit paraître, sous la plume des chirurgiens en
question, les premières dénonciations – particulièrement sévères –
des sages-femmes « sauvages », celles de la société traditionnelle,
celles des contes de fées…
Or, il est frappant que cette médicalisation s'inscrit dans le
sillage d'un intense mouvement de reprise en main des masses
populaires : à l'échelle de l'histoire, le moment où le pouvoir
central s'interroge sur l'intérêt d'accréditer les sages-femmes
apparaît bien proche de celui où, avec l'objectif avoué d'une ré-
évangélisation, il envoie dans les campagnes les nouveaux prêtres
trempés dans l'esprit du Concile de Trente.
Le formidable ébranlement de la Contre-Réforme, c'est le moment de
l'Ancien Régime où, sous la poussée des revendications protestantes,
toutes les autorités en place sentent un séisme qui menace leur
pouvoir et leurs privilèges ; le moment où les « élites »
conscientisent qu'il s'en faut de beaucoup que leurs valeurs aient
profondément conquis le cœur et l'esprit du peuple ; le moment où il
n'est plus possible d'ignorer que par delà le vernis d'une
conversion inconsidérément tenue pour acquise, les masses restent
viscéralement ancrées dans les valeurs et pratiques d'une culture
bien plus ancienne. Il est significatif que l'entreprise de
déculturation forcenée qui s'ensuit se développe alors selon deux
axes principaux : d'une part, l'évangélisation des esprits selon les
canons fermement ré-affirmés du récent Concile, d'autre part la
prise en charge du corps féminin via une médicalisation de
l'accouchement, càd de cet instant précis où s'actualise le plus
spectaculairement les racines du pouvoir féminin dans la société
traditionnelle – son aptitude à exister tout à la fois en creux et
en protubérance, sa bisexualité en un mot.
Dans cette perspective, la contribution de la médecine moderne à
l'entreprise de déculturation née de la Contre-Réforme apparaît plus
clairement. Car ce qui distingue le plus la société traditionnelle
de la société contemporaine, c'est justement la place bien plus
spécifique des femmes – détentrices comme par hasard des pouvoirs
et savoirs qui sont aujourd'hui le monopole de notre profession :
ceux qui portent sur le sexe, la procréation et l'accouchement. Et
si l'on admet que la déculturation post-tridentine passait par la
confiscation de ces savoirs et pouvoirs féminins, il en résulte que
la médicalisation a été un ressort essentiel de cette entreprise :
la Contre-Réforme, c'est aussi la grande vague des procès de
sorciers – dont on sait aujourd'hui qu'ils ont été pour leur
majorité des procès de sorcières, visant précisément souvent ces
femmes isolées ou recluses auxquelles la société traditionnelle se
référait dans les grandes moments de l'accouchement, du mariage, de
la procréation et de la maladie. Ce n'est donc guère forcer le trait
de constater que, en exterminant nos concurrentes, les bûchers de
l'Inquisition ont puissamment contribué à l'installation – au moins
idéologique – du monopole médical contemporain et que,
symétriquement, ni les médecins ni les sages-femmes assermentées
n'ont jamais refusé le secours de leur science lorsqu'il s'est agi,
à la demande des inquisiteurs, de documenter les spécificités
anatomo-physiologiques « objectivant » l'emprise du Malin sur le
corps maudit des sorcières. Est-il anodin que la fin de la chasse
aux sorcières soit à peu près contemporaine des premiers édits
visant à une formation plus académique des sages-femmes : il n'y a
plus besoin de les brûler quand on s'est assuré le contrôle de leurs
savoirs et pouvoirs.
Reconnaître que la médecine – la nôtre – ait pu être l'outil d'une
déculturation d'essence religieuse conduit symétriquement à
s'interroger sur les valeurs cléricales susceptibles d'imprégner
notre idéologie dissimulée sous le vernis de la « Science ». On peut
se demander, justement, ce que la brutalisation du corps féminin et,
notamment, l'horreur compulsionnelle de la médecine pour le vagin,
doivent à la misogynie – et même à l'homosexualité plus ou moins
latente – des clercs qui ont envoyé nos ancêtres chirurgiens co-
évangéliser les masses paysannes…
En tout état de cause, cette élimination des femmes de leurs
positions traditionnelles ne relève pas seulement exclusivement de
l'histoire, fût-elle moderne : c'est un enjeu toujours contemporain.
Le débat sur la prescription de la pilule aux mineures dissimulait
qu'il restait des âges de la vie féminine où, traditionnellement,
les médecins passaient encore après les mères. Que reste-t-il
aujourd'hui pour préserver les jeunes filles d'une médecine qui
s'est constituée dans l'horreur de leur corps ?
IX. Conclusion
Méditer, cependant, sur la misogynie compulsive où s'enracine la
médecine moderne, c'est aussi introduire à une interrogation sur le
sadisme – au sens freudien – de notre savoir et de nos pratiques.
Vaste question…
mercredi 30 août 2006
Ceux que l'on met au monde
Pour la beauté du Texte - Merci Linda Lemay
Ceux que l’on met au monde
ne nous appartiennent pas
C’est ce que l’on nous montre
et c’est ce que l’on croit
Ils ont une vie à vivre
on n’peut pas dessiner
les chemins qu’ils vont suivre
Ils devront décider
c’est une belle histoire
que cette indépendance
Qu’une fois passé les boires
et la petite enfance
qu’il ne faille rien nouer
Qu’on ne puisse pas défaire
que des nœuds pas serrés
des boucles, si l’on préfère
Ceux que l’on aide à naître
ne nous appartiennent pas
Ils sont ce qu’ils veulent être
qu’on en soit fière ou pas
C’est ce que l’on nous dit
c’est ce qui est écrit
la bonne philosophie
La grande psychologie
Et voilà que tu nais
et que t’es pas normal
T’s dodu, t’es parfait,
le problème est mental
Et voilà que c’est pas vrai
Que tu vas faire ton chemin
Car t’arrêteras jamais
de n’être qu’un gamin
Tu fais tes premiers pas
On se laisse émouvoir
Mais les pas que tu feras
ne te mèneront nulle part
Qui es-tu si t’es pas
Un adulte en devenir
Si c’est ma jupe à moi
Pour toujours qui t’attire
C’est pas c’qu’on m’avait dit
J’étais pas préparée
T’es à moi pour la vie
Le bon dieu s’est trompé
Et y’a le diable qui rit
dans sa barbe de feu
Et puis qui me punit
de l’avoir prié un peu
Pour que tu m’appartiennes
à la vie, à la mort
Il t’a changé en teigne
il t’a jeté un sort
T’es mon enfant d’amour
T’es mon enfant spécial
Un enfant pour toujours
Un cadeau des étoiles
Un enfant à jamais
Un enfant anormal
C’est ce que j’espérais
Alors pourquoi j’ai mal
J’aurais pas réussi
à me détacher de toi
Le destin est gentil
Tu ne t’en iras pas
T’auras pas dix huit ans
de la même façon
Que ceux que le temps rend
Plus hommes que garçons
T’auras besoin de moi
Mon éternel enfant
Qui ne t’en iras pas
Vivre en appartement
Ta jeunesse me suivra
Jusque dans ma vieillesse
Ton docteur a dit ça
C’était comme une promesse
Moi qui avais tellement peur
de te voir m’échapper
Voilà que ton petit cœur
Me jure fidélité
Toute ma vie durant
je conserverais mes droits
Mes tâches de maman
et tu m’appartiendras
Ceux que l’on met au monde
ne nous appartiennent pas
C’est ce que l’on nous montre
Et c’est ce que l’on croit
C’est une belle histoire
Que cette histoire là
Mais voilà que surprise
Mon enfant m’appartient
Tu te fous de ce qui disent
Les auteurs de bouquins
T’arrives et tu m’adores
Et tu me fais confiance
De tout ton petit corps
De toute ta différence
J’serais pas là de passage
Comme les autres parents
Qui font dans le mariage
Le deuil de leur enfant
J’aurais le privilège
De te border chaque soir
Et certains jours de neige
De te mettre ton foulard
A l’âge où d’autres n’ont
Que cette visite rare
Qui vient et qui repart
Par soir de réveillons
Tu seras le bâton
De ma vieillesse précoce
En même temps que le boulet
Qui drainera mes forces
Tu ne connais que moi
Et ton ami pierrot
Que je te décris tout bas
Quand tu vas faire dodo
Et tu prends pour acquis
que je serais toujours là
pour t’apprendre cette vie
que tu n’apprendras pas
car ta vie s’est figée
mais la mienne passera
j’me surprends à souhaiter
que tu trépasses avant moi
on ne peut pas t’admirer
autant que je t’admire
moi qui ai la fierté
de te voir m’appartenir
je voudrais pas qu’on t’insulte
et qu’on s’adresse à toi
comme à un pauvre adulte
parce qu’on te connaîtra pas
si le diable s’arrange
pour que tu me survives
que dieu me change en ange
que je puisse te suivre
ceux que l’on met au monde
ne nous appartiennent pas
à moins de mettre au monde
un enfant comme toi
c’est une belle histoire
que celle qui est la notre
pourtant je donnerais ma vie
pour que tu sois comme les autres…



