samedi 11 octobre 2008
L'après naissance
Suite à une conversation bien enrichissante avec une amie, j'avais envie de partager un sujet un peu particulier dans ce billet : l'après naissance et plus particulièrement, celle pour Rakagnak qui s'est déroulée dans des conditions optimales puisqu'il a vu le jour au sein de notre foyer familial, dans la douceur et le respect. Pas de médicalisation, juste la bienveillance d'une formidable sage-femme, chère à mon coeur. 
Ce fut, comme la plupart des accouchements, un moment fort et unique ça va sans dire. D'une part, la naissance elle-même et toutes ses sensations de douleur/plaisir mais aussi la découverte de mon bébé, moment magique, miracle de la vie. Seulement ce que j'ignorais alors, c'est la découverte que j'allais faire ou plus précisément les sensations particulières que j'allais ressentir et découvrir les semaines qui suivirent la naissance et la richesse insoupçonnée qu'allait m'apporter ces précieux moments pour l'avenir . Comme sur un nuage d'ouate, comme bercée par le rythme de l'univers, en accord avec la nature, les hormones me transportaient au ralenti dans le temps. Ce même temps n'avait tout d'un coup plus la même lourdeur, la même pesanteur, la même tension que je lui connaissais. Le tic tac de l'horloge n'amenait plus l'angoisse connue depuis l'enfance. Mes peurs les plus archaïques s'étaient volatilisées en même temps. Une pause intersidérale était apparue dans mon petit univers...Je me sentais intensément bien. Intensément heureuse. Intensément Moi. Jamais auparavant, du moins consciemment, je n'avais éprouvé autant de plénitude. Un sentiment pur, profond, presqu'irréel m'avait arraché pour un temps à la violence et la névrose de ce monde. Je me sentais légère et forte à la fois, remplie d'amour, de douceur, d'écoute, d'empathie à l'égard des personnes... L'impression de n'être que don de moi parce que tout ce que je ressentais ne faisait plus appel qu'à ça, à ce besoin, cette élan de générosité, de foi en la vie et en la nature humaine. Au fond de moi, résonnait un calme impalpable à quiconque me voyait. Comme un secret bien dissimulé, j'étais la seule à profiter de la douceur de ces merveilleux instants. En accord avec moi-même, avec tout mon être; ma tête et mon corps réunit, sur la même longueur d'ondes, au diapason... quelles sensations ! Je vibrais de tout mon être et même si tout devait disparaître, demain ne serait plus jamais pareil, l'expérience est trop riche, trop intense, trop empreinte en moi. Je me souviens m'être nourrie intensément de ces sentiments nouveaux, parce que je savais que chaque jour qui passait m'éloignait peu à peu de ce que je vivais dans l'ici et le maintenant. C'est une chance énorme qui m'a été offerte là. Je savais qu'il fallait que j'y puise ma force pour les moments plus difficiles...C'est à cette même période, que j'avais lu le "concept de continuum" qui m'avait bouleversé, faisant écho en moi avec d'autant plus de force face à ce que je vivais, ayant l'impression d'avoir touché quelque chose de cette dimension là.
Tout ce que je viens de décrire ci-dessus a duré exactement deux mois. Il m'est impossible d'oublier cette palette indescriptible, ce cocktail explosif d'amour dont je me suis remplie. Désormais, c'est avec une nouvelle force que je démarrais le reste de ma vie...
lundi 6 octobre 2008
Je vous présente : Bien Naître Parents
Je suis moins présente et investie ces derniers temps sur mon blog et pour cause...je suis fort occupée avec mon quotidien d'une part mais également avec mon "nouveau bébé" d'autre part. Mais je suis là et heureuse de vous présenter : Bien Naître Parents qui vient tout juste de voir le jour. Je ne vous cacherais pas que ce n'est pas sans une petite boule au ventre de peur et d'excitation que je me lance !
Attendre un bébé et le mettre au monde peut paraître, à première vue, un évènement quelque peu banal sachant que les femmes le vivent depuis la nuit des temps. Pourtant, pour la femme enceinte qui va découvrir, ressentir et vivre ses premiers changements dans son corps et dans sa tête, il s’agit d’une expérience pour le moins magique, voire initiatique.
Pourquoi des ateliers autour de la naissance ?
La plupart du temps, nous pensons qu’il n’existe qu’une seule manière d’envisager la naissance d’un enfant. Cette façon d’entrevoir la venue au monde d’un bébé est véhiculée par nos idées reçues, nos mœurs et notre culture. Le manque d’informations sur les différentes possibilités d’accouchement fait cruellement défaut. C’est pourquoi Parents Partages vous propose les ateliers « Bien Naître Parents » , animés par Catherine, Ass. Psychologue clinicienne. Lors de ces différentes rencontres, mon objectif principal est de permettre aux futurs parents d’avoir la possibilité de choisir la naissance qu’ils désirent pour leur bébé. Dans ce sens, j’aimerais mettre l’accent sur l’importance pour les parents d’être les « acteurs conscients » dans la venue au monde de leur enfant au sein du foyer familial.
Avec les Ateliers « Bien Naître Parents » , je vous propose un accompagnement individualisé et à votre rythme. Ces rencontres prénatales se veulent avant tout être un lieu d’échange, de partage et d’écoute afin d’accompagner au mieux la parentalité naissante dans son cheminement. Ces ateliers s’adressent donc aux personnes désireuses d’informations éclairées sur la grossesse et l’accouchement. C’est dans cette optique que nous parcourons ensemble les informations utiles et nécessaires qui mèneront vers une naissance plus naturelle, consciente et respectée du bébé et de la maman.
Mon rôle pourrait se définir comme une accompagnante non médicale qui offre de l’information et un soutien psychique et émotionnel à la mère ou au couple pendant la grossesse et la période qui l'entoure. Durant la grossesse, je veille à répondre à vos questions, à éclairer au mieux les décisions que vous avez à prendre, à compléter les informations que vous possédez sur le déroulement de l’accouchement. En résumé, je vous y prépare avec réalisme, selon vos besoins et vos choix.
Infos pratiques :
Durée :
Le cycle complet comporte 7 ateliers,
dont 1 facultatif (Projet de naissance). La durée par atelier est
d'environ une heure. Durant les rencontres prénatales, divers thèmes
vous seront proposés et ceux-ci pourront être modulés au gré de vos
besoins. Je vous propose donc :
Atelier 1 : Rencontre et anamnèse (histoire familiale)
Atelier 2 : La grossesse
Atelier 3 : L’accouchement (1ère partie)
Atelier 4 : L’accouchement (2ème partie)
Atelier 5 : Allaitement
Atelier 6 : Les besoins du bébé
Atelier 7 : Le projet de Naissance (facultatif si les parents en ont déjà un)
Inscriptions :
Pour s'inscrire ou pour plus d'informations, vous pouvez contacter Catherine :
• Soit par téléphone au : 0477/61.24.61
• Soit par e-mail : atelierbiennaitre@gmail.com
Lieu : Nivelles (se situe à 20 minutes d’Ottignies/Louvain-La-Neuve, à 10 minutes de Waterloo et 25 minutes de Bruxelles)
mercredi 1 octobre 2008
Soutenir le droit au libre choix du lieu de naissance (pétition)
Soutenir le droit au libre choix du lieu de naissance
Contrairement à d'autres pays européens, force est de constater que la France n'offre toujours pas suffisamment de choix aux futures parents pour la naissance de leur enfant.
- Alors que dans certains pays voisins, les AAD sont considérés comme un choix tout aussi respectable et sécuritaire qu'un autre, en France ils se font rares et sont souvent très mal acceptés par le milieu médical ;
- Malgré que des Maisons de Naissance indépendantes et situées hors des hôpitaux existent dans de nombreux pays européens et mondiaux, en France elles n'ont toujours pas l'autorisation de fonctionner comme elles le
devraient ;
- La fermeture de plus en plus nombreuse des petites maternités ne laisse souvent pas d'autres alternatives aux futures mamans que de faire beaucoup de kilomètres pour aller accoucher dans une « grosse » maternité de niveau 3
- De même, beaucoup de régions n'offrent pas d'autres options aux futures mamans que de donner la vie à l'hôpital où il est encore, dans bien des cas, difficile de faire entendre et accepter ses choix. alors que l'ouverture de plateaux techniques aux sages-femmes libérales serait une alternative intéressante aux futurs parents désirant un accompagnement global.
C'est pourquoi une pétition nationale sur le « Libre Choix de Naissance » a été mise en ligne.
Par cette action, il ne s'agit pas ici de prôner une pratique plus qu'une autre, mais de réclamer plus de choix pour qu'en France, soit respecté la décision de chacune de pouvoir accoucher :
- A domicile ;
- En Maison de Naissance ;
- En pôle physiologique ;
- Dans l'eau ;
- En accompagnement global avec accès à un plateau technique ;
- Ou même en Maternité, en ayant fait ou non un projet de naissance qui puisse être adopté et suivi avec respect.
Comme cela se pratique déjà dans d'autres pays.
Alors si vous aussi, vous trouvez important que ces choix puissent co-exister dans toutes les régions de France et que vous voulez rester libre de choisir où et comment naîtra votre enfant n'hésitez pas à signer et à diffuser largement cette pétition
Merci à tous ceux et celles qui voudront bien nous rejoindre.
Delphine D. Sainsimon
Association « Libre Choix de Naissance »
mardi 16 septembre 2008
Mise au sein précoce
Pour optimiser les chances de réussite de l'allaitement, il est bon de savoir qu'un bébé né à terme et en bonne santé voit son réflexe de succion a son point culminant environ 1/2h après l'accouchement. Si ce moment propice est entravé, le réflexe du succion peut diminuer pour les 36 prochaines heures...Et on peut donc aisément imaginer les conséquences pour l'allaitement.
L'idéal est donc de laisser le bébé ramper jusqu'au sein de sa mère dès sa venue au monde. Son odorat et le réflexe de fouissement le guideront jusqu'au mamelon, qu'il saisira pour cette première tétée de bienvenue. Cela facilitera d'une part le bon démarrage de l'allaitement et d'autre part évitera les difficultés de succion.
Je suis toujours émue et ne me lasse pas de (re)voir ce moment si particulier qui a lieu juste après la naissance...Cette force que le bébé va puiser pour être au plus près du corps et du coeur de sa mère.
En image, une petite vidéo.
mardi 9 septembre 2008
Mon projet : Accompagner la parentalité
Afin de peaufiner au mieux mes projets professionnels, je voulais vous soumettre à la lecture de ce billet mes réflexions sur une idée d'atelier pour accompagner les parents et l'arrivée de leur bébé. Pour m'aider à y voir plus clair, je vous serais reconnaissant de ne pas hésiter à me soumettre vos remarques et réflexions sur le sujet, ceci dans le but de peaufiner au mieux mon plan de travail en m'expliquant, par exemple, ce que vous auriez aimer qu'on vous conseille/dise lorsque vous étiez parents en devenir ? A votre avis, sur quel(s) sujet(s) devrais-je mettre l'accent ? etc...
En quelques mots, je vous expose ce projet :
Cela va faire plus de quatre ans que je suis passionnée par le domaine de la périnatalité et du maternage "proximal" en général. Etant moi-même maman de deux enfants, je souhaiterais à présent pouvoir accompagner des mamans ou des couples qui attendent un bébé. Je verrais cet accompagnement plutôt comme des ateliers (il y en aurait 5 à 6 c'est encore à travailler) dans lesquels nous serions amener à faire ensemble un "tour de table". Un chemin ensemble, pour le couple mais aussi avec moi où je serais présente en tant qu' informatrice et guide en quelque sorte. Mon rôle consisterait donc à accompagner mais aussi à informer le couple sur ce qu'est la naissance dans un premier temps, et ce qu'induit l'arrivée d'un premier bébé dans un second temps.
Je serais dès lors amenée à les interroger sur l'histoire de ce bébé (conception, déroulement de la grossesse, éventuel projet de naissance - s'ils en ont un-, etc...). De par ma formation en tant que thérapeute et si l'occasion se présente, je chercherais s'il existe des barrières psychologiques ou une quelconque pathologie qui pourrait compromettre et entraver un accouchement physiologique, ceci afin de mettre en lumière avec les parents les éventuelles peurs et attentes face à la naissance du bébé. A partir de là, nous parlerons de ce qu'est un accouchement physiologique et le déroulement de celui-ci lorsqu'il se passe sans interférences médicales. Nous ferons le tour des aspects les plus importants tels que l'intimité, la liberté de mouvement lors du travail et durant la poussée, l'importance d'écouter son corps, etc... et de la douleur bien sûr. Pour cette dernière, je pense qu'un atelier entier devrait y être consacré car la douleur est un sujet méconnu par les futures mamans. La douleur ne se dit pas ou de façon déformée, est tabou autour de l'accouchement, on n'ose pas ou peu en parler alors que la mère est souvent pleine d'appréhensions, de peurs et de questions. A côté de cela, il serait intéressant, il me semble, de se pencher sur les dangers et les conséquences des interventions médicales inutiles et intempestives lorsque l'accouchement est physiologique (péridurale, instruments d'extraction -ventouse, forceps...- ocytocines (hormones chimiques provoquant les contractions utérines), déclenchement, travail et poussée en décubitus dorsal avec risque de déchirement plus important dû à cette position anti-gravité, épisiotomie, lavement, rasage, soins du nouveau-né dès son arrivée, etc...)
Ensuite, nous parlerons de la naissance et de la rencontre avec bébé, ce moment crucial où l'attachement a lieu. J'évoquerais l'importance du toucher, de l'allaitement, du peau à peau, ... Pour l'allaitement, je pense également qu'un atelier complet devrait avoir lieu; le démarrage de celui-ci dès les premières heures de vie, éviter tout autre aliment, sucette/tétine, à la demande, les différents positions d'allaitement, etc...Bien sûr, je fournirais les adresses utiles à cet égard afin d'optimiser les chances de réussites de l'allaitement (Leche League Belgique). Parrallèlement, seront évoqués la relation de "nourriture affective" qu'apporte le fait d'allaiter. Ensuite, nous parlerons du portage et de ses bienfaits mais à nouveau, pour des renseignements et pour la pratique, je fournirais les adresses d'animatrces de Portage (Parents Partages asbl)
Etant donné que le bébé humain naît de façon "prématurée", j'expliquerais rigoureusement les besoins impérieux et indispensables du bébé pour un développement harmonieux. Besoin de téter, besoin de contact avec le portage, mais aussi le co-dodo, besoin de répondre aux pleurs, plaisir de massages, du bain, des soins naturels, etc...
Mon objectif premier est d'abord d'amener les parents à avoir une autre vision de la naissance et du déroulement de celle-ci, en apportant les informations utiles pour acceuillir leur bébé dans les meilleures conditions. Et surtout, surtout de leur faire prendre conscience qu'ils possèdent en eux toutes les capacités nécessaires pour poursuivre leur histoire d'amour à 3...
mardi 19 août 2008
Episio/tomie ou Mutilation Génitale ?
Renvoyée de par sa signification même au diminutif souvent évoqué d' "épisio", comme coupée de son essence, le terme et l'acte qu'est l'épisiotomie est et demeure une pratique courante, abusive, cruelle et souvent nocive pour la femme qui enfante.
On entend régulièrement dans le discours de jeunes accouchées : "j'ai eu une petite épisio (sic)" ... On prend soin de choisir des mots visant à diminuer, minimiser la gravité de l'acte, voir justifier son utilisation presqu'évidente aux yeux de la plupart d'entre nous. On n'en parle pas ou peu, persuadés que c'est un mal pour un bien. Dans nos pays, l'accouchement est devenu un acte médical, dénaturé de par les nombreuses interventions intempestives et plus que discutables sur le corps des femmes, et l'épisiotomie fait partie sans conteste des gestes inutiles, voir nuisibles qui entourent un moment pourtant si particulier qu'est la naissance.
Coupée dans son périnée (muscle qui soutient l'appareil génital et urinaire), la femme baignée par sa culture où la croyance autour de l'épisiotomie est de véhiculer qu'elle est un acte quasi systématique (surtout lors d'unpremier bébé), ressent ce passage comme une banalisation de l'accouchement ainsi que les pratiques obsétricales y afférents. Dépossédée de la confiance en son corps à mettre au monde son bébé, la femme s'en remet souvent impuissante et confiante aux mains - et ciseaux - d'obstétriciens impatients, pressés et qui ne savent finalement même plus au juste pourquoi ils choisissent de couper le périnée de la parturiente. La réelle nécessité et justification médicale de l'épisiotomie reste relativement rare. On en arrivedonc à des chiffres vertigineux, dépassant les 50% pour les primipares ! (Dernière enquête périnatale DGS-Inserm de 1998)
Pourtant on on la dit indolore (il faut savoir que c'est lors d'une contraction que le périnée est coupé), utile et même nécessaire pour éviter les déchirures. FAUX, archi faux ! Bien au contraire, elle provoque des déchirures du 3ème degré, voir du 4ème degré (du vagin à l'anus), qu'elle ne prévient donc pas comme on prétend à le faire croire ! Le décubitus dorsal (la position "pieds dans les étriers") anti naturelle puisque contraire aux lois de la gravité, la péridurale (anesthésie partielle lors de l'accouchement), les forceps (outil d'extraction du bébé ressemblant à des spatules), l'ocytocine (hormones de synthèses qui provoquent artificiellement les contractions utérines), enfin toutes les conditions dans lesquelles les femmes accouchent aujourd'hui provoquent les importantes déchirures que l'épisiotomie est censée prévenir !
Il est bon de savoir qu'une déchirure naturelle cicatrisera, dans la plupart des cas, plus rapidemment et mieux, préservant les cellules des tissus, qu'une incision à divers endroits du périnée coupant dans les tissus cellulaires et laissant des cicatrices visibles et invisibles. Je pense aux mamans césarisées qui savent ce qu'est une cicatrise qui reste "sensible" et ce même après des années.
Personnellement, j'ai subi une épisiotomie lors de mon premier accouchement qui m'a longtemps fait souffrir physiquement et moralement, allant jusqu'à perturber ma vie sexuelle ( Voir "Lettre ouverte à Madame la Gynécologue") Par choix, j'ai accouché de mon deuxième enfant à la maison, pas d'épisiotomie, pas de déchirue, pas d'éraillures...pas d'intervention médicale inutile. Tout ceci est possible aussi en milieu médical. N'oublions pas que choisir, c'est une facette de la liberté individuelle.
Si vous voulez en savoir plus, le site "Informations sur l'épisiotomie" est très bien documenté sur le sujet.
Episiotomie : rengainez les scalpels !
jeudi 22 mai 2008
La brutalisation du corps féminin dans la médecine moderne
Effrayant et pourtant criant de vérités...
LA BRUTALISATION DU CORPS FEMININ DANS LA MEDECINE MODERNE
Marc Girard
consultant et expert près la Cour d'appel de
Versailles (Médicament et recherche biomédicale)
I. Un univers inversé
Quand je pense à la médicalisation du corps féminin, je suis frappé
par quelque chose de sinistre : tout cela s'est constitué comme un
inquiétant univers inversé, comme une sorte de monde à l'envers
effrayant où les impulsions les plus élémentaires et les moins
contestables de notre nature sexuée sont comme systématiquement
mises hors jeu, remplacées qu'elles se trouvent par des rituels
caricaturalement antagonistes : facilement objectivable par le
spécialiste de recherche clinique, c'est bien cette dimension de
caricature, de trop, qui ne laisse pas de préoccuper et d'exhorter
le freudien à l'interprétation.
Prenons le jeu pourtant élémentaire du regard et de la pudeur :
l'homme – il est construit comme cela – cherche toujours à en voir
plus que la femme n'est disposée à lui montrer, et la séduction est
d'abord la conquête par le regard d'une intimité progressivement
dévoilée. Même sans y avoir été invité par une jupe trop fendue ou
un décolleté un peu profond, l'homme – certes à ses risques et
périls – s'ingénie à reconstituer l'anatomie féminine fût-elle
dissimulée par la plus grossière des étoffes. C'est comme cela,
probablement un peu partout, sauf en terre médicale : la pudeur et
la séduction n'ont plus aucune raison d'être dès qu'on franchit les
limites d'un service de gynécologie. Aux consultations du Planning
familial, la plus splendide des gamines était requise de se
déshabiller complètement dans une cabine, d'attendre la lumière
verte et de se présenter entièrement nue, durant toute la
consultation, devant un individu en blouse blanche généralement
parfaitement inconnu et interchangeable d'une consultation sur
l'autre. Il fallait donc en passer par là, par cette stupéfiante
mise en scène du désir évacué, pour obtenir le sésame d'une
sexualité « libérée ». Or, quelle justification technique pour ce
rituel dégradant ? Aucune : l'intérêt de la consultation préalable
avant prescription de pilule est tellement problématique que l'on a
envisagé un temps de la supprimer et, en tout état de cause, les
paramètres pertinents en matière de contre-indications relèvent plus
de mesures chastes (prise de poids ou de pression artérielle) ou
d'examens complémentaires (prise de sang) que d'évaluations fondées
sur un attentat à la pudeur.
Autre exemple de pulsion élémentaire : la possessivité mâle. Chez
les mammifères en général, et les hommes en particulier,
l'adrénaline monte très vite quand un mâle voit un autre mâle
s'approcher d'une femelle sur laquelle – à tort ou à raison – il
estime disposer de certaines prérogatives. Ça a toujours été comme
cela – ça sous-tend même une bonne part des théories de Darwin –,
sauf à l'hôpital. Entrez dans une salle d'accouchement. Le mari est
là (c'est un acquis paraît-il précieux de l'obstétrique moderne), on
lui a même fait revêtir la tunique blanche des agresseurs. Sa femme
est là, elle aussi, entièrement nue encore une fois et tout le monde
l'agresse : on la force à rester allongée quand aucune femme
n'aurait jamais spontanément l'idée incongrue de s'allonger pour
accoucher, de toute façon on a pris soin de l'attacher dans
l'improbable cas où elle voudrait bouger, on lui rase les poils de
la vulve, on l'engueule si elle se plaint trop (accouchement « sans
douleur » oblige) et on va finir par lui taillader la vulve. Et dans
cette séquence d'une sauvagerie inouïe, que fait le mari ? Il se
pâme d'émotion, se confond en remerciements à l'égard des brutes qui
s'acharnent sur son épouse, sans apercevoir que de tels actes de
barbarie sur une femme innocente justifieraient un meurtre dans
n'importe quelle autre circonstance. Or, quelle justification
technique, là encore ? Aucune : les rares investigations disponibles
confirment l'idée de bon sens que l'accouchement en position
accroupie est infiniment plus eutocique que l'accouchement en
décubitus, et je reviendrai plus loin sur la monstrueuse absurdité
de l'épisiotomie. De plus, et tout en attendant avec beaucoup
d'impatience la ou les études qui démontreront l'intérêt du rasage
vulvaire, réfléchissons de façon un peu rationnelle à cette
obsession de l'asepsie en obstétrique. Juste avant la naissance, un
nouveau-né se présente comme un être absolument vierge
bactériologiquement, à ce titre extrêmement vulnérable à toute
contamination microbienne ; dans cette situation exceptionnelle, la
filière vaginale – quoique objectivement grouillante – n'est pas
cette zone plus ou moins accréditée comme immonde par des décennies
de médecine et de microbiologie, mais une voie de passage
providentielle au travers de laquelle le corps du bébé va se voir
massivement colonisé par ce qu'on peut concevoir de plus « ami » en
matière d'interactions bactériennes – les germes de sa mère ; on
peut admettre sans grand effort qu'en matière d'amitiés microbiennes
bilatérales, les germes du père, ensuite, méritent une inscription
de second rang – et que de toute façon, qu'elles soient maternelles
ou paternelles, les inévitables potentialités pathogènes liées à
toute cette circulation bactérienne ou mycosique seront contrôlées
au mieux par tous les transferts immunologiques inhérents à
l'allaitement naturel. Or, c'est précisément cette dynamique subtile
d'écologie microbienne que le cérémonial obstétrical s'applique à
réduire à néant, en contrariant – par des mesures censément «
hygiéniques » dont l'intérêt n'a jamais été si peu que ce soit
validé – les colonisations amies et en maximisant l'exposition du
bébé à des germes d'origine hospitalière. Certes, il n'existe pas, à
ma connaissance, d'étude épidémiologique démontrant que le risque
d'infection néo-natale soit réduit par un accouchement non
hospitalier , mais il semble clair que, dépourvu du moindre intérêt
technique documenté, le cérémonial obstétrical classique maximise ce
qui reste, pour une grossesse d'évolution normale (il y en a
encore…), le risque numéro un de la période néo-natale : l'infection.
On voit, sur la base de ces deux exemples, qu'il s'agit bien de
ritualisations perverses et non pas de procédures garanties par
l'exigence hippocratique de chasteté dans la relation
thérapeutique : il n'y a rien de chaste dans le fait de forcer une
jeune femme, éventuellement vierge, à se présenter entièrement nue,
surtout lorsqu'il est patent que cette humiliation ne correspond à
aucune contrainte technique. A titre de contre-exemple évocateur, on
citera le cérémonial de la cure freudienne dans lequel l'intimité
dévoilée (mais progressivement !) n'est même pas incompatible avec
la circulation du désir via transfert et contre-transfert, puisque
ce désir est, lui, authentiquement contraint par une exigence de
chasteté dont la justification technique va de soi.
II. Une inversion à sens unique
Cette propension de la médecine à mettre en œuvre, sans le moindre
motif technique, des rituels d'inversion qui bafouent la dignité
sexuelle de la femme est d'autant plus frappante que symétriquement,
les médecins sont le plus souvent aux abonnés absents quand leurs
savoirs les mettraient en position de réintégrer, ou de renforcer
les individus dans leur intégrité sexuelle. Deux exemples là encore.
-- Il existe, à l'heure actuelle et chez des milliers de jeunes femmes, une immense misère sexuelle dont on parle étonnamment peu, à
savoir celle liée aux mycoses génitales récurrentes. Sur cette
question, la doxa médicale me paraît là encore marquée par une
préoccupante irrationalité. Je ne connais aucune étude sérieuse
validant la thèse du « foyer digestif » (qui a été cependant la
providence des marchands d'antimycosiques per os) et, elle non plus
validée par aucune étude, la recommandation de traiter le partenaire
défie la raison : par rapport à un désordre patent de l'écologie des
germes commensaux, ça rime à quoi de prendre le risque que les
levures avec lesquelles l'homme viendra nécessairement recontaminer
sa partenaire aient éventuellement acquis des résistances aux anti-
fongiques ?… En revanche, nous savons que la cause actuellement la
mieux identifiée de déséquilibre écologique pour la flore vaginale
est bel et bien la pilule, et l'expérience suggère que l'éradication
de cette cause se traduit le plus souvent par des guérisons
spectaculaires : mais même à notre époque de « libération »
supposée, les jeunes femmes, apparemment, n'ont pas droit à une
information claire quant aux inconvénients iatrogènes de la
contraception orale sur leur équilibre sexuel .
-- L'autre exemple concerne cette misère encore plus pathétique des jeunes mères, innombrables elles aussi, qui ne parviennent pas à
allaiter leur enfant faute de produire du lait en suffisance. Il
suffit de feuilleter les manuels de périnatologie pour apercevoir,
de par la variété des remèdes proposés (la bière…), la fréquence et
la régularité d'un problème dont on sait comme il peut être vécu par
les intéressées avec angoisse, humiliation et désespoir. Or, alors
que tout le monde sait que l'ocytocine est l'hormone-clé de la
montée laiteuse, personne ne semble s'être avisé que l'orgasme en
est le moyen de libération le plus sûr et le moins cher. Vous me
direz, évidemment, à six tétées par jour, le pré-requis orgasmique
risque de se révéler éprouvant : mais outre que cela reste à voir et
que c'est une question de choix personnel, l'expérience suggère
qu'il n'en faut pas autant pour rassurer la jeune femme et l'ancrer
dans le sentiment de sa suffisance comme mère nourricière. En tout
état de cause, c'est aussi un moyen plus facétieux et moins
humiliant que le rituel de la salle d'accouchement pour associer le
père à la cogestion du post-partum…
Cette agression ritualisée de la dignité physique et sexuelle de la
femme n'est qu'une mise en actes d'un état d'esprit bien plus
général et profond qui conduit à nier tant la perplexité de l'homme
devant la féminité que son inépuisable fascination pour l'esthétique
du corps féminin.
III. Une presqu'île insipide
Par opposition à la perplexité avouée de Freud pour le fameux «
continent noir », on pourrait dire que dans l'axiologie médicale
classique, la féminité c'est au mieux un village de plaisance – ou
une presqu'île insipide. La médecine, en effet, n'est jamais en
panne de réponse quand il s'agit de délimiter les territoires du
féminin. Comme moi, sans doute, vous avez appris qu'en cas de
dysgénésie gonadique à la naissance, il était plus facile
d'envisager la reconstruction chirurgicale d'un femme que celle d'un
homme : mais quoi de « féminin » dans la reconstruction finale ?…
En tout état de cause, dans les grimoires médicaux, l'équation du
féminin est le plus souvent du premier degré – et sans inconnue.
S'interroge-t-on – ce qu'on ne fait pas assez souvent – quant aux
effets de la contraception orale sur la libido féminine que l'on se
voit répondre que chez la femme, l'essentiel se passe dans la tête :
c'est d'ailleurs vrai que quand on s'applique à obtenir par des
moyens hormonaux symétriques le même type de contraception chez
l'homme, les vomissements incoercibles ou les troubles de l'érection
sont des stigmates plus voyants du pouvoir des glandes sur la
sexualité humaine… Quoi qu'il en soit et nonobstant cette concession
au symbolique finalement assez exceptionnelle en médecine, la femme
de 50 ans et plus redevient une femelle purement estrogénodépendante
quand il s'agit de justifier un traitement hormonal de substitution
(d'ailleurs contre l'évidence cumulée des investigations cliniques
ou épidémiologiques.) Tout dans la tête avant 50 ans, tout dans les
ovaires après…
Chez les jeunes femmes de toute façon, cette primauté du symbolique,
pour avantageuse qu'elle soit quand il convient de nier les effets
iatrogènes d'une authentique castration chimique, s'efface
absolument lorsqu'on en arrive à une autre équation du féminin où il
semble cette fois aller de soi que les paramètres du psychisme
doivent être mis hors jeu : je veux parler de la fécondité et des
problèmes de l'infertilité. Pas de doute, à présent : tout est dans
les glandes et c'est bien à la substitution de leurs défaillances
élémentaires que s'attachent – pour un coût financier exorbitant
soit dit en passant – les innombrables procédures de procréation
artificielle. Or, qu'est-ce les heureuses élues vont se voir offrir
en échange de leurs coïts programmés dans l'horreur d'une
médicalisation absolue, généralement étalée sur des années ? Outre
des effets iatrogènes assez préoccupants, voire potentiellement
fatals, des résultats d'efficacité problématiques dont on ne peut
pas dire qu'ils aient fait l'objet de validations très rigoureuses ;
une récente méta-analyse montre que, sur les essais cliniques
publiés – càd au top de la pratique en la matière – moins de 10% des
études expriment leurs résultats en termes de naissance viable,
paramètre d'évaluation dont on aurait pu penser, pourtant, qu'il
s'impose comme le seul pertinent. De recoupement en recoupement sur
ces données tronquées, on en arrive à reconstituer un taux de
réussite d'environ 25% des cas, ce qui doit correspondre au
pourcentage notoirement reconnu depuis l'antiquité au moins pour une
naissance spontanée dans une population de femmes réputées plus ou
moins « stériles »… Je n'ai pas su si je devais rire ou pleurer
quand une femme tombée enceinte environ six mois après que je
l'avais arrachée à des années de médicalisation forcenée pour «
stérilité » m'a confiée sa lassitude d'être encore obligée de
prendre la pilule plus de 10 ans après, et sa colère de s'être
récemment fait jeter pas sa gynécologue qui a jugé, dans un accès
inhabituel de modération, qu'on devrait attendre encore avant
d'envisager une ligature des trompes à 48 ans …
IV. Un martyrologe constamment renouvelé
Tout cela serait plaisant si ce n'était tragique. Car cette
conception simplissime de la féminité sous-tend, par son arrogance
et le manque de scrupules résultant, une véritable martyrologie des
femmes : la médecine moderne n'a jamais eu peur de faire souffrir le
corps féminin, voire de le mutiler, ou de le tuer.
Nous savons, parce que cela a été démontré, que voici encore
relativement peu à l'échelle de l'histoire moderne, la mortalité
iatrogène des accouchées était sans commune mesure avec celle des
femmes échappant à tout contrôle médical. Mais mon propos ne
concerne pas que le passé : pour stupéfiante qu'elle soit, la
durabilité du mépris ou de la haine pour la vulve féminine est
attestée aujourd'hui encore par l'incroyable persistance d'une
pratique que, lors d'un récent débat dans les colonnes du Lancet,
nous sommes quelques-uns à avoir qualifiée de « barbare » – je veux
parler de l'épisiotomie. Interrogez n'importe quel obstétricien,
n'importe quelle sage-femme, on vous répondra que la chose n'est
jamais opérée qu'avec le plus grand discernement et que, de toute
façon, la procédure est remarquablement bénigne et indolore.
Interrogez les chiffres, à présent, et vous verrez que ledit
discernement conduit à taillader environ 95% des accouchées, tout
portant à croire que celles qui en réchappent ont eu le bon goût
d'accoucher assez vite pour qu'on n'ait pas le temps de sortir les
ciseaux. Interrogez la méthodologie de la recherche pharmaceutique :
vous verrez que cette procédure réputée si indolore est l'un des
modèles le mieux établis pour les essais cliniques sur les
antalgiques. Interrogez l'évidence cumulée de dizaines d'essais sur
l'efficacité d'une procédure aussi incroyablement brutale : vous
apprendrez qu'en moyenne, les déchirures périnéales après
épisiotomie sont plus graves et plus délabrantes que celles qui
surviennent spontanément. Interrogez, enfin, les femmes dans leur
intimité : vous verrez que le nombre de celles qui n'osent se
plaindre de séquelles durables, notamment dans leur vie sexuelle,
n'est pas négligeable .
Les exemples pourraient être multipliés. Car, même si la médecine
n'a jamais pu envisager l'équation du féminin sous forme autre
qu'élémentaire, elle est néanmoins passée maître dans les techniques
de simplification : il est considéré comme acquis en effet que tout
ce qui pose problème dans l'anatomo-physiologie du corps féminin
peut être éliminé sans autre forme de procès. Il en va ainsi, on l'a
vu, de la subtile machinerie encore mal comprise du cycle hormonal,
même si le prix à payer – outre une qualité de vie problématique –
va des effets cutanés plus ou moins graves ou voyants aux cancers du
sein en passant par les accidents cardio-vasculaires : une récente
étude a estimé à quelque 430 par ans le nombre de jeunes Américaines
redevables à leur contraception orale d'une hémorragie sous-
arachnoïdienne, chiffre considérable eu égard au fait que ces
hémorragies méningées ne sont quand même pas la complication la plus
fréquente ni la mieux documentée de la pilule. En tout état de
cause, qu'il s'agisse du col ou du corps utérin, des ovaires, des
trompes, des seins, de la thyroïde, des plaques de cellulite ou,
bien entendu, des poils vulvaires, il n'est pas une partie du corps
féminin qui soit réputée irremplaçable. Que dire des tonnes de seins
qui sont partis à la poubelle sur la base d'une mammographie mal lue
dans un contexte, de toute façon, où nous sommes toujours dans
l'attente d'une démonstration convaincante de l'intérêt de cette
procédure radiographique douloureuse et incertaine que l'on
s'acharne néanmoins à accréditer comme providentielle dans une
idéologie du « prophylactiquement correct » ? Que dire encore de ce
prophylactiquement correct qui a conduit, depuis des dizaines
d'années, des millions de femmes ménopausées à ingurgiter, sur des
arguments de pure complaisance, des estrogènes de substitution quand
il apparaît des premiers essais cliniques enfin mis en place que les
effets effectivement observés en pratique sont strictement
antagonistes avec ceux qui ont sous-tendu la promotion de ces
traitements .
V. Réponse à tout
Ce qui ressort de ce bref inventaire, c'est aussi que la
brutalisation, voire le martyre du corps féminin ne peuvent être
imputés aux excès d'une technicisation désexuante qui s'appliquerait
identiquement à l'homme : pour envisager une orchidectomie même chez
un homme très âgé, on y regarde de plus près que pour « la totale »
chez une femme passée la quarantaine alors même que se posent, chez
la seconde, des problèmes de statique pelvienne qui n'ont aucun
équivalent chez le premier. Que la médecine occidentale soit
brutale, excessivement brutale ne fait pas l'ombre d'un doute. Mais
mon propos de ce jour ne vise pas cette brutalité séculaire : il
pointe un excès de brutalité qui touche spécifiquement la femme.
Dans la pratique médicale, le corps féminin fait l'objet d'un excès
d'attention, car c'est bien dans tous les domaines de la féminité et
à chaque étape de la vie que la médecine s'interpose – et qu'elle a
réponse à tout. Depuis au moins la pré-adolescence jusqu'à la post-
ménopause, les femmes sont l'objet d'une surveillance toute
spécifique, et les remèdes qu'on leur propose font frémir le
spécialiste de iatrogénie : les hormones de croissance à la moindre
alerte sur la puberté (qu'elle soit présumée précoce ou tardive),
les progestatifs aux premiers troubles des règles, la pilule le plus
tôt possible à titre de précaution tous azimuts – par exemple pour
accompagner une prescription d'anti-acnéique ! –, les FIV aux
premiers symptômes d'une subfertilité initialement supposée mais
durablement consolidée ensuite par une médicalisation délirante, les
échographies multipliées dès le premiers jour de grossesse,
l'épisiotomie assurée pour l'accouchement et les césariennes à tire-
larigot pour un oui pour un non, le stérilet ensuite, puis les
hormones de substitution dont quelques malins commençaient même à
nous expliquer l'intérêt dès la quarantaine via la subtile
innovation nosographique de la « pré-ménopause », etc. Quoi de
comparable chez l'homme ?
Mais cet excès d'attention qui a réponse à tout à chaque étape de la
vie – c'est une attention de réduction, de dénégation et plus
encore, de dégradation : les poils intimes ne sont plus qu'une
broussaille nauséabonde source de toutes les contaminations
potentielles, la vulve n'est qu'un étranglement inopportun, l'utérus
une source évitable d'emmerdements, les ovaires des glandes
facilement substituables, les seins des morceaux de barbaque sans
intérêt vital. Dans l'idéal du corps ainsi rectifié par la médecine,
qu'est-ce qui reste de féminin ? J'ai introduit mon propos en
évoquant un monde inversé…
VI. Récupération
Il arrive néanmoins que l'évidence – au sens des anglo-saxons –
finisse par faire entendre sa voix dans un tel délire. C'est ce qui
s'est passé, par exemple, pour l'allaitement maternel, dont plus
personne ne conteste sérieusement les vertus. Mais après l'énorme
essai d'y substituer un allaitement artificiel dans les années 50,
la médecine n'a fait aucun effort sérieux d'autocritique – ni pour
identifier rétrospectivement les sirènes qui avaient pu conduire une
profession entière à engager les mères sur la voie d'un artifice
aussi dommageable, ni pour évaluer sérieusement les conséquences
sanitaires de l'allaitement artificiel sur toute une génération :
aujourd'hui, l'allaitement « maternel » – ne dites jamais : «
naturel » – et bel et bien conçu comme une victoire de la médecine
moderne – une victoire sur des pratiques anciennes dont on a oublié
le déterminisme exact mais où il est tenu comme allant de soi que
l'obscurantisme féminin a dû finalement s'effacer devant la
rationalité médicale.
Il en va de même avec les mammectomies, heureusement en voie de
régression. Loin d'esquisser un mouvement de repentance et de
reconnaître qu'en matière de cancer du sein, la médecine a fait plus
ou moins n'importe quoi, les gynécologues, la main dans la main avec
les radiologues et les cancérologues, tendent à accréditer comme un
miracle de la médecine moderne qu'on trouve encore des femmes de la
quarantaine avec des nichons intacts ! Mais à une condition,
évidemment : qu'elles fassent allégeance à une médicalisation qui
leur impose le rituel pénible et techniquement non validé de la
mammographie, pour ne point parler, chez certaines, du tamoxifène
qui, outre une prise de poids conséquente, les bouffées de chaleur
et des métrorragies incontrôlables, remplace le risque – minime –
d'un cancer controlatéral par celui d'un accident vasculaire
cérébral… Bah ! c'est quoi la tête, chez une femme ?…
Ainsi, lorsque le féminin revient au galop après que les médecins
ont cherché à l'éliminer, ce n'est pas pour repérer les limites de
la brutalisation, mais au contraire pour accréditer une récupération
et célébrer le triomphe de la médicalisation.
VII. L'immonde féminin
Soit donc le livre légèrement daté d'un éminent académicien qui
s'intitule : Hygiène et maladies de la femme. On n'aurait aucune
peine à documenter, sur d'innombrables écrits équivalents, cette
obsession de la médecine à l'égard de l'hygiène féminine. Mais ça
viendrait à l'esprit de qui d'écrire un livre : Hygiène et maladies
de l'homme ?…
Il faut donc comprendre que c'est parce qu'elles sont
potentiellement dégoûtantes que les femmes ont besoin d'une telle
attention médicale : la médecine comme barrière à l'immonde féminin…
Nous touchons-là un des thèmes de recherche sur lequel je souhaitais
attirer votre attention. A n'en pas douter, l'antagonisme
homme/femme est antérieur à la naissance de la médecine moderne :
mais il revient à cette médecine d'avoir déplacé les racines de
l'antagonisme d'une angoisse fondamentale – la peur viscérale de
l'homme à l'égard des puissances supposées du féminin – à un simple
dégoût rationalisé sur la base d'un supposé savoir quant à la
physiopathologie des femmes.
Face à ce corps bâti en reliefs et en creux comme pour la prise et
l'emprise, l'homme, probablement depuis la nuit des temps, se trouve
cisaillé par une double angoisse : rater l'abordage, certes, mais
également laisser inassouvi ce creux par essence inépuisable. Car
lorsque l'homme ne peut plus, la femme peut encore – il lui suffit
de vouloir… C'est bien cette angoisse fondamentale – au cœur du
Sacré – qui se trouve désamorcée par les pseudo-savoirs de la
médecine : l'homme a raison non d'avoir peur, mais de se méfier, car
on ne sait jamais quelles saletés on va trouver au fond de ce trou-
là, et il n'y a rien d'inépuisable, d'autre part, dans ce corps
féminin qu'il est tellement facile de pénétrer par spéculum
interposé ou de démonter par morceaux…
VIII. Déculturation
J'en viens à la deuxième hypothèse que je voulais évoquer devant
vous, qui touche à l'origine historique de ce déplacement.
Historiquement, il est possible de corréler cette « prise en main »
du corps féminin avec les premiers essais de médicalisation de
l'accouchement, lorsque les chirurgiens commencent à s'immiscer.
C'est l'époque qui introduit à l'idée de sages-femmes accréditées
par l'autorité conjointe du Roi et du curé local. C'est aussi
l'époque où l'on voit paraître, sous la plume des chirurgiens en
question, les premières dénonciations – particulièrement sévères –
des sages-femmes « sauvages », celles de la société traditionnelle,
celles des contes de fées…
Or, il est frappant que cette médicalisation s'inscrit dans le
sillage d'un intense mouvement de reprise en main des masses
populaires : à l'échelle de l'histoire, le moment où le pouvoir
central s'interroge sur l'intérêt d'accréditer les sages-femmes
apparaît bien proche de celui où, avec l'objectif avoué d'une ré-
évangélisation, il envoie dans les campagnes les nouveaux prêtres
trempés dans l'esprit du Concile de Trente.
Le formidable ébranlement de la Contre-Réforme, c'est le moment de
l'Ancien Régime où, sous la poussée des revendications protestantes,
toutes les autorités en place sentent un séisme qui menace leur
pouvoir et leurs privilèges ; le moment où les « élites »
conscientisent qu'il s'en faut de beaucoup que leurs valeurs aient
profondément conquis le cœur et l'esprit du peuple ; le moment où il
n'est plus possible d'ignorer que par delà le vernis d'une
conversion inconsidérément tenue pour acquise, les masses restent
viscéralement ancrées dans les valeurs et pratiques d'une culture
bien plus ancienne. Il est significatif que l'entreprise de
déculturation forcenée qui s'ensuit se développe alors selon deux
axes principaux : d'une part, l'évangélisation des esprits selon les
canons fermement ré-affirmés du récent Concile, d'autre part la
prise en charge du corps féminin via une médicalisation de
l'accouchement, càd de cet instant précis où s'actualise le plus
spectaculairement les racines du pouvoir féminin dans la société
traditionnelle – son aptitude à exister tout à la fois en creux et
en protubérance, sa bisexualité en un mot.
Dans cette perspective, la contribution de la médecine moderne à
l'entreprise de déculturation née de la Contre-Réforme apparaît plus
clairement. Car ce qui distingue le plus la société traditionnelle
de la société contemporaine, c'est justement la place bien plus
spécifique des femmes – détentrices comme par hasard des pouvoirs
et savoirs qui sont aujourd'hui le monopole de notre profession :
ceux qui portent sur le sexe, la procréation et l'accouchement. Et
si l'on admet que la déculturation post-tridentine passait par la
confiscation de ces savoirs et pouvoirs féminins, il en résulte que
la médicalisation a été un ressort essentiel de cette entreprise :
la Contre-Réforme, c'est aussi la grande vague des procès de
sorciers – dont on sait aujourd'hui qu'ils ont été pour leur
majorité des procès de sorcières, visant précisément souvent ces
femmes isolées ou recluses auxquelles la société traditionnelle se
référait dans les grandes moments de l'accouchement, du mariage, de
la procréation et de la maladie. Ce n'est donc guère forcer le trait
de constater que, en exterminant nos concurrentes, les bûchers de
l'Inquisition ont puissamment contribué à l'installation – au moins
idéologique – du monopole médical contemporain et que,
symétriquement, ni les médecins ni les sages-femmes assermentées
n'ont jamais refusé le secours de leur science lorsqu'il s'est agi,
à la demande des inquisiteurs, de documenter les spécificités
anatomo-physiologiques « objectivant » l'emprise du Malin sur le
corps maudit des sorcières. Est-il anodin que la fin de la chasse
aux sorcières soit à peu près contemporaine des premiers édits
visant à une formation plus académique des sages-femmes : il n'y a
plus besoin de les brûler quand on s'est assuré le contrôle de leurs
savoirs et pouvoirs.
Reconnaître que la médecine – la nôtre – ait pu être l'outil d'une
déculturation d'essence religieuse conduit symétriquement à
s'interroger sur les valeurs cléricales susceptibles d'imprégner
notre idéologie dissimulée sous le vernis de la « Science ». On peut
se demander, justement, ce que la brutalisation du corps féminin et,
notamment, l'horreur compulsionnelle de la médecine pour le vagin,
doivent à la misogynie – et même à l'homosexualité plus ou moins
latente – des clercs qui ont envoyé nos ancêtres chirurgiens co-
évangéliser les masses paysannes…
En tout état de cause, cette élimination des femmes de leurs
positions traditionnelles ne relève pas seulement exclusivement de
l'histoire, fût-elle moderne : c'est un enjeu toujours contemporain.
Le débat sur la prescription de la pilule aux mineures dissimulait
qu'il restait des âges de la vie féminine où, traditionnellement,
les médecins passaient encore après les mères. Que reste-t-il
aujourd'hui pour préserver les jeunes filles d'une médecine qui
s'est constituée dans l'horreur de leur corps ?
IX. Conclusion
Méditer, cependant, sur la misogynie compulsive où s'enracine la
médecine moderne, c'est aussi introduire à une interrogation sur le
sadisme – au sens freudien – de notre savoir et de nos pratiques.
Vaste question…
mercredi 30 mai 2007
La naissance de Maxence
Mon (bébé)Cadeau de Fête des Mères
Dimanche 13 mai : cette nuit là, je n’ai eu aucune contraction contrairement aux nuits précédentes. A 6h45’, je suis réveillée par un « platch », genre bouchon de bouteille de champagne qui me surprend dans mon sommeil, suivit d’une sensation très particulière : douceur, humidité et chaleur entre mes jambes…en un quart de seconde je comprends que la poche des eaux est rompue mais je n’en reviens pas, ne réalise pas,…scénario que je craignais le plus, je ne sais pas au juste pourquoi.
Je saute hors de mon lit comme une flèche, me dirige vers les escaliers et descends dans la salle de bain. L’eau coule sur les marches, il y en a partout ! Je suis surprise de voir la quantité qui s’écoule. Ma tête se met en marche (faut que les neurones chauffent après un réveil si furtif) : aujourd’hui, dans quelques heures, pas de doute, je tiendrais mon bébé dans les bras…gloups, ça y est, mon cœur se serre, ma gorge se noue, des papillons se réveillent dans le creux de mon ventre…j’ai enfin réponse à mes questions : quand, comment, où aura lieu cette rencontre, à présent je suis fixée, l’embarquement a eu lieu il y a environ 9 mois, l’atterrissage est imminent.
Je suis entre réalité et fantasme…Toute la maisonnée dort, je me sens bien, même si la peur a pointé le bout de son nez, ça m’est égal, je vais l’affronter parce que quelque part je sais que nous nous attendions et que celle-ci va m’apprendre à aller plus loin, à me dépasser…
Vers 7h30’, j’envoie un sms à Lily lui disant que c’est le grand jour, qu’elle va devoir se préparer à venir chercher Amandine mais que pour le moment rien ne presse. Comme c’est dimanche, ça tombe bien, elle ne sera pas seule avec les enfants, Harry est là, je suis rassurée, les choses se sont bien mises comme par enchantement (en journée, un WE )
Ensuite, j’appelle F., notre SF pour lui annoncer que c’est aujourd’hui que mon bébé a décidé de venir. Je lui explique que je n’ai que peu de contractions et pas du tout régulières. Elle me conseille de vaquer à mes occupations, de faire « comme si de rien n’était… » Facile à dire, moi je suis excitée comme une puce !!! Je réveille Antoine, je mange, je chante, j’ai les larmes aux yeux tout le temps…je profite de ces derniers moments avec mon gros ventre, je le caresse, parle à mon bébé et lui dit qu’il me fait le plus beau des cadeaux que de venir à notre rencontre le jour de la Fête des Mères !
Vers 10h, les contractions commencent à s’installer avec un rythme plus soutenu, elles sont à peine plus douloureuses que des menstruations. Avec Lily, on décide qu’ils viendront chercher Amandine vers 11h et partirons à Paradisio. Je trouve l’idée géniale, je sais qu’en compagnie de sa meilleure copine Laura, dans un tel cadre et entourée de la sorte, elle ne pourra que s’éclater ! Je me réjouis de pouvoir me reposer sur Lily, je suis en confiance, je me sens soulagée et vais pouvoir vivre le travail pleinement. Lily c’est énoooorme ce que tu as fait pour nous ce jour là. Je sens également que tant qu’Amandine sera dans la maison, le travail sera ralentit. Je lui donne sa douche, l’habille entre les contractions, et je ressens avec force et énergie tout l’amour qui déborde pour mes enfants, mon homme…comme si l’amour coulait dans mes veines…elle m’offre son cadeau de fête des mères et nous lui parlons de tout ce qui va se passer aujourd’hui. Elle est contente de partir.
Vers 11h, Amandine s’apprête à partir et moi je trépigne d’impatience, j’ai envie et besoin qu’elle s’en aille. Antoine me demande ce que je veux faire, me propose maintenant qu’on est seul de faire un gros câlin, on délire, on ri, on est euphorique, en fait on nage en plein bonheur tout simplement. Finalement, on décide de regarder un DVD de Debooze moi qui adore, je n’arrive pas à accrocher, à entrer dedans,…
Les contractions sont là toutes les 8 minutes et vers midi, je téléphone à F. pour lui dire comment le travail progresse. Elle me propose de la rappeler lorsque les contractions seront espacées de 5 minutes et ce durant plus d’une heure. A peine le téléphone raccroché, elles sont là, toutes les 5 minutes, un peu plus douloureuses, je commence à geindre, ça fait mal.
Vers 13h15’, je rappelle F. lui dit qu’on y est, que les choses semblent se préciser, elle me dit qu’elle va se mettre en route. Une demi heure plus tard, elle arrive avec tout son matériel, c’est impressionnant. Antoine l’aide à tout installer dans le salon et moi je gère dans le fauteuil, des serviettes entre les jambes à éponger l’eau qui s’écoule après chaque contraction. Je sens que F. est détendue, elle s’installe, me demande comment je me sens. Je lui dit que je vais bien, que je me sens bien assise dans cette position parce que c’est « gérable » et que j’ai peur de me lever, peur que tout s’accélère. Elle me dit que c’est important de faire comme je le sens à mon rythme mais que je peux aussi marcher, prendre un bain…Elle me propose un premier toucher vaginal que j’accepte. Verdict : 2 cm. Intérieurement, je suis très déçue car j’ai mal et même plus mal que pour Amandine alors que j’étais à 3 cm. Je sens le mur de la peur qui me retient, qui freine l’entrée en travail. Il faut passer au dessus mais comment y parvenir ?
Après quelques échanges avec F., je décide de me lever et de marcher, de « voir » ce qui va se passer…Très vite, les contractions sont plus intenses, change de force, j’ai peur à nouveau.
Elle est rassurante, me dit qu’il faut y aller à présent, qu’il faut entrer dans la douleur et l’accepter, que chaque fois c’est un peu comme un « niveau » a dépasser. Ca me rassure, je me sens forte à ces mots et en même temps si fragile…Je marche vers la cuisine, geint entre les contractions et je m’effondre soudainement : je pleure à gros sanglots, m’appuie sur le plan de travail, ce sont des cris de peur qui sortent de ma bouche mais aussi des cris de « douleur ravivée »…je comprends que je dois dépasser, lâcher prise…je comprends aussi que je suis en train de pleurer mon précédent accouchement où, à ce stade, j’étais résignée, j’avais accepté la péridurale. Je dis à F. que ça me fait du bien de sortir tout ça, lui demande si c’est normal de pleurer en plein travail. Elle est apaisante, rassurante, me dit que oui ça arrive, qu’accoucher ravive des choses. Je me sens mieux, plus détendue et retrouve doucement confiance en moi. Je dis que la nature est quand même bien faite car l’avantage de perdre les eaux c’est qu’après chaque contractions, j’ai droit à un écoulement de liquide amniotique qui me soulage drôlement….
Après discussion, je fais part à F. que je me sens mal à l’aise qu’elle attende avec Antoine comme ça que quelque chose se passe. Elle me dit que ce n’est pas mon problème mais me demande quand même si je préfère qu’elle reste ou parte. J’accepte qu’elle parte, je sens que j’ai besoin d’être seule pour le moment et que je vais prendre un bain (F. m’avait dit pas de problème)
Dans le bain, je me détends, je crois que j’y resterais une demi heure environ. Je ferme les yeux et m’apaise lors des contractions. Je ressens l’envie de changer d’endroit et d’aller m’allonger dans notre lit à l’étage, je sais que j’y resterais normalement jusqu’au bout. Ca tombe bien, c’est la pièce dans laquelle je suis le mieux et que j’imaginais, malgré les incertitudes, que je mettrais au monde notre bébé. Je m’installe confortablement en mettant le coussin d’allaitement entre mes jambes. Les contractions se rapprochent encore, Antoine est à mes côtés, je commence à utiliser les sons, je teste, j’essaye des sons graves et je trouve un « yayayayaya… » qui me fait traverser à moindre peine les contractions, j’ai l’impression de faire vibrer ma cage thoracique et que ça « masse » la contraction. J’ai besoin de serrer quelque chose avec mes mains, j’agrippe le rebord de notre tête de lit et je serre tant que je peux des deux mains…je douille, ça y est je suis dans la douleur, je surfe sur les contractions comme sur une vague, je prends et accompagne chacune d’elle comme je le sens. Je visualise mon col qui s’ouvre, je parle à BébéCadeau, lui dit que je suis heureuse aujourd’hui, que je sais que tout ceci n’est pas vain car je sens qu’il travaille avec moi, je lui dit que je suis fier de lui, qu’ensemble nous faisons une super équipe et que je sais qu’il va m’aider à aller jusqu’au bout, à me dépasser. Par cette expérience, je me sens soudainement reliée à toutes les femmes qui enfantent.
Très vite, je ressens le besoin de présence féminine de F., je demande à Antoine de la rappeler (ça faisait environ 1h qu’elle était partie), que mes contractions sont fortes. Il doit être environ 16h. Elle sera là rapidement. J’ai envie d’être nue, je ne supporte plus le contact de ma chemise de nuit, j’ai trop chaud.
F. me parle doucement, me masse le bas du dos car c’est là que j’ai vraiment mal. Ses mains sont un contact agréable, je ressens beaucoup de douceur, de tendresse et de « respect » dans chacun des mouvements qui m’accompagne. Elle me propose de m’examiner…j’hésite…mais j’accepte, je suis à 5 cm et malgré que ça ne fait « que » la moitié, je sais que j’ai passé le « plus gros » du travail. J’ai envie que ça s’accélère, je me sens fatiguée par l’intensité des contractions.
A ce moment là, je décide d’utiliser le ballon. Accroupie sur le lit, j’essaie d’abord de le prendre dans les bras pour que mon ventre puisse être dans le vide mais ça ne me soulage pas vraiment. J’essaie alors de m’asseoir dessus et là j’ai l’impression que c’est efficace, je ne fais plus qu’un avec la douleur. Sur le ballon, je me déhanche, ça me soulage, je commence à crier aussi. Je demande à Antoine de pouvoir me pendre à son cou. Il s’assied sur le bord du lit, je me suspends à lui, assise sur le ballon…Tendrement, il veut me caresser mais je le repousse, ne supportant plus le contact qui m’indispose terriblement.
Je ne sais pas au juste quelle heure il était mais après un long moment à me suspendre, à essayer des cris pour soulager la douleur, de mordillage dans le coussin ou sur le pull d’Antoine (et même mon propre bras !), mes yeux se révulsent, j’ai besoin de « partir » de cette réalité, de ce monde, besoin d’aller ailleurs, là où je suis seule à pouvoir aller…Je sais que cette phase est celle qui précède la poussée, je l’avais déjà vécue pour Amandine…je retourne là où je suis bien et préviens Antoine et F. que cette fois, je les quitte, que je dois me déconnecter d’eux…
L’intimité qui m’entoure est bienfaisante, je peux sans crainte, sans pudeur, vivre et faire ce que mon corps me dicte. Je me mets donc à quatre pattes sur le lit, je demande à Antoine de venir devant moi, de me donner un bout de tissu pour mordre dedans, je mets ma tête sur son épaule et comme un cerf à l’attaque, je presse mon front contre son torse lors des contractions. Mes seins piquent. A ce moment précis, je me sens très animal, très mammifère. Jamais de ma vie, je ne me suis sentie aussi forte, aussi remplie d’une énergie indéfinissable. Mes ressources sont décuplées, je m’en rends compte, je fais mal à Antoine avec mes mains.
F. m’explique que maintenant, il est temps que j’amène mon bébé vers le sacrum derrière, là où la douleur atteint son paroxysme. Je suis prête, je parle à mon bébé, lui demande de descendre…il m’a entendu, il descend. Désormais, mon col est totalement dilaté (F. m’a examiné à ce moment là malgré mon refus, je compris par la suite qu’elle se devait de le faire car la poussée était longue d’après elle et que la tête de mon bébé était bloquée), je peux pousser sauf que je n’en ressens pas encore la puissance. J’alterne donc les positions ; sur le flanc, à quatre pattes, assise, à genoux…rien n’y fait, le réflexe de poussée n’est pas encore efficace, ça pousse tout doucement, lentement. Près d’une heure et demi durant, je vais varier les positions pour pouvoir trouver celle dans laquelle je pourrais faire naître mon bébé. C’est alors que je perçois que bébé avance et que ça pousse. Je demande à F. si je peux me mettre debout. Sur le temps que je me lève, je suis prise par une violente contraction qui me cloue genoux à terre tenant mon cadre de lit à deux mains, je crie que ça pousse, que mon bébé s’en vient…« viens bébé, je sens que tu es bientôt là… »
F. est assise face à moi, je me sers de son cordon de pantalon pour m’aider, j’ai envie de mordre à nouveau. Antoine est derrière moi, il observe ce qui se passe. La poussée est douloureuse mais c’est un subtil mélange de douleur/plaisir que je découvre…Un plaisir aussi puissant que la douleur ! Je trouve ça incroyable ! Je comprends mieux dès lors un des aspects de la dimension sexuelle de l’accouchement…Pousser me fait un bien fou ! Chaque contraction me soulage terriblement, tant et si bien que ça me donne un courage du tonnerre pour aider mon bébé à sortir…Je me rends compte que j’ai retroussé mon nez et que je suis en train de grogner. Au moment de l’entrée de la tête dans mon vagin, je sens une étrange brûlure glisser sur les parois de celui-ci…je suis dans un état que je ne pourrais qualifier, je sais que nous y sommes, que là tout près de moi, la tête de mon bébé va arriver…que j’en aurais terminé avec la douleur et que la rencontre est imminente. Antoine se met derrière moi, aux premières loges et dit à Fanny « je dois retenir la tête ? » la tête de mon bébé se démoule doucement, Antoine voit d’abord son front, ses yeux grands ouverts, son nez et son menton…Comme suspendu entre deux mondes, mon bébé est là mais pas encore tout à fait. Antoine retient la tête par peur que tout le petit corps glisse. Les rôles s’inversent, F. prend le relais et me dit que je peux à présent pousser le reste de son petit corps. Une poussée suffira alors à faire naître mon bébé…F. le saisit et me dit « prends-le Catherine, vas-y, prend le il est là… » Assise, le cordon entre les jambes, je saisi mon bébé tout chaud, humide et recouvert de vernix par la nuque et l’entre jambe…je le regarde mais ses yeux sont fermés. Je le mets directement contre moi et regarde Antoine qui est ému comme jamais, les larmes coulent sur ses joues…il ri, il pleure en même temps. Ce qui nous arrive est tout simplement merveilleux. Le temps est comme arrêté. Je lui demande « alors c’est quoi ? »…tout en regardant son sexe…c’est un garçon me dit-il !!! Je regarde notre réveil, il est 21h30’, le soleil se couche et notre bébé est là, près de nous. F. voit que notre bébé respire mais ne crie pas, par acquis de conscience, elle utilise l’oxygène à 2 cm de son nez…moi, je sens que tout va bien. Maxence poussera son premier cri 1/2h après sa naissance. F. n’avait encore jamais vu ça. Il manque encore Amandine et nous serons enfin tous ensemble.
C’est seulement vers 1h du matin, que F. rentrera chez elle. Toute la nuit, j’ai reniflé mon bébé nu contre moi. Je l’ai observé, touché, caressé, bisouté…Tout le monde dormait sauf moi…Comme saoulée par les endorphines, mes 5 sens étaient ultra développé et en éveil et plus rien n’avait d’importance, si ce n’est que cette nuit là, désormais tout avait à nouveau basculé …bienvenue à toi notre fils Maxence
mercredi 2 mai 2007
La Naissance de Bigoudi ou Le Miracle de l'Amour
Le contexte :
J'ai donc accouché dans une maternité maternité en Belgique. J'ai été suivie lors de cette grossesse par une gynécologue obstétricienne peu humaine, avec une péridurale inefficace (pour mon plus grand bonheur j'ai pu vivre, malgré la douleur, mon accouchement !), des hormones de synthèses (ocytocines), sans le droit de boire quoique ce soit (!!!), et enfin une épisiotomie à mon humble avis tout à fait inutile.
Je tiens à préciser que ce récit a été écrit huit jours après la naissance de ma petite Bigoudi. Bonne lecture !
Le Récit :
Jeudi 22 avril : en me levant je m’aperçois que j’ai des pertes plus importantes et différentes. Pas de doute, pour moi, c’est le bouchon muqueux…Je suis impatiente et surexcitée à l’idée que quelque chose va bientôt se produire mais quand ? Je savoure ces derniers jours avec mon gros ventre et mon bébé que je sens si bien…La fin de grossesse est proche, l’accouchement et la rencontre sont imminents, je le sais, je le sens…
Vendredi 23 avril : Rendez-vous avec ma gynéco à 9h15 à qui je fais part, avec une certaine fierté, que je pense avoir perdu le bouchon muqueux la veille…Sceptique, elle m’examine et me dit : « mais votre col n’est ouvert qu’à un petit doigt… »
Moi, je sens dans mon corps que « ça » travaille et que les choses ne devraient plus tarder.
12h00 : monitoring dans l’après-midi qui révèle de petites contractions que je ne sens même pas ! Rien de régulier, elles sont anarchiques .La soirée se passe mais les contractions se font plus présentes et de plus en plus ressentir…j’ai des petites douleurs dans les reins…
Nuit plutôt agitée : je me réveille à plusieurs reprises mais les contractions restent toujours gérables. Les choses se précisent.
Samedi 24 avril : les contractions sont toujours là espacées de 7-8 minutes parfois 10. Je décide de ma reposer toute la journée et d’attendre qu’elles se déclarent de façon franches et régulières…je commence a vraiment avoir mal et j’utilise ma respiration. Je suis plutôt zen et tellement heureuse de savoir que d’ici peu je ferais la rencontre tant attendue avec un petit être né de notre amour. Lorsque je me lève du lit, j’ai mal, je respire, pffff et me tiens aux murs de la salle de bain…là, j’ai très envie qu’elles se rapprochent…mon cœur bat vite, je sais au fond de moi que c’est pour bientôt…Un sentiment de peur et d’excitation m’envahit, je verse une larme à l’idée de vivre les derniers instants de femme enceinte…malgré certains désagréments de grossesse, je me sens belle d’être bientôt Maman.
17h30’ : j’ai toujours mal et mes contractions sont bien là, j’en suis sûre, c’est un pré-travail et le vrai est imminent…je demande à mon chéri d’aller faire une vérification à la maternité même s’il est probable qu’on me renvoie puisque mes contractions ne sont pas assez rapprochées…Col effacé à 80% et ouvert à un bon doigt…Rien que ça, je suis déçue mais je suis prête à patienter, après tout ce n’est pas quelques heures qui feront la différence après ces semaines de découverte et de bouleversement. Dans le milieu médical, il appelle cela un « faux travail », je trouve le terme bien moche : d’une part, j’avais aussi mal que pour le « vrai » travail et d’autre part, je pense que le terme « pré-travail » est plus juste, le corps et plus précisément l’utérus s’entraîne pour le grand marathon qu’est de donner la vie.
La douleur étant bel et bien là, je suis en train de douter et me demande ce que vont être les « vraies » contractions alors…La sf semble étonnée que j’ai déjà « si mal » . Je lui explique donc que mes contractions se font ressentir surtout dans mon dos et non dans le ventre…que j’ai un problème de lombalgie sacro-iliaque (je souffre donc d’une excroissance au niveau du sacrum et de la dernière lombaire L5 et j’ai un bassin surelevé du côté droit)…suis mal foutue de l’intérieur moi
Couchés vers 1h30’ du matin après un bain de relaxation, les contractions se rapprochent…mon chéri s’endort et moi je décide de chronométrer…2h30’ c’est parti, elles sont là bien régulières, je n’ose pas y croire...je me répète de ne pas m’emballer ! Et pourtant un mélange de joie, de nostalgie et d’un tas de sentiments indescriptibles se mêlent dans ma tête : nous serons parents d’ici quelques heures, jamais plus rien ne sera comme avant !
Vers 5h30’, je décide de réveiller mon chéri qui se rendort (avec le « faux travail » de l’aprem et l’impatience des dernières semaines, il n’ose plus y croire le pauvre !). Je réitère : « Amour, c’est le moment, j’en suis sûre… ». Et nous voilà parti, direction maternité.
6h30’ : Arrivée sur place. J’attends encore ½ heure dans la voiture, on regarde le temps entre les contractions (ben, oui, c’est notre 1er bébé). On monte par les urgences, une sf vient nous acceuillir, je lui dit que je contracte depuis 2h30 cette nuit…elle m’examine : col effacé, ouverte à 3. Vous êtes en travail Madame, on vous garde…je plonge dans le regard de mon homme, je pleure doucement…en silence. Je suis si heureuse ! On m’installe en salle de travail, me branche au monito. On me demande si je souhaite la péridurale, je dis que je ne suis pas contre mais que tant que c’est possible et gérable au niveau douleur, je vais faire sans…
Je marche, je respire, je prends un bain bulle (il tombe en panne 10 minutes après) pendant une heure…il est 9h30. Re-exam : col ouvert à 4 petits cm…pffff suis déçue. 10h30, re-exam : col toujours au même stade…Je me résigne, j’accepte la péri afin d’accélérer le travail…on m’installe un baxter pour l’hydratation, 10h30’la péri est posée, je n’ai rien senti. On me dit que le travail pour un premier c’est approximativement 1 cm pour 1 heure.
Début d’aprem, vers 13h, col dilaté à 6 malgré une augmentation des doses de syntron ( ?), le travail est lent…très lent. Mon amoureux est à mes côtés durant tout le travail, je lui parle et m’apaise, nous sommes si heureux. Seulement, une heure plus tard, re-exam, le col ne bouge presque plus et la péri n’agit plus, je ressens à nouveau les contractions mais de façon aigues et violentes, je ne comprends pas…je pousse sur le « bolus » afin d’avoir une dose mais en vain…j’ai vraiment mal et ma respiration est indispensable pour supporter ces douleurs dans le dos…je crois savoir ce qu’il se passe. Bébé en descendant dans le bassin fait bouger mon fameux sacrum (ma douleur chronique depuis 6 ans !) et la péri ne peut agir à cet endroit, ce que confirme l’anesthésiste qui revient pour voir si elle doit remettre une dose…après 15 minutes de discussion et un test sensitif (qui vérifie que la péri fonctionne), elle me dit qu’elle ne peut rien faire pour endormir mon dos, le bébé doit descendre et donc je me résigne avec une certaine déception. Maintenant, il va falloir gérer cette douleur…chaque contraction et avancée de bébé me fait ressentir que mon cocxys est mal foutu et mon bassin de travers !
La nature étant assez bien faite, le bébé arrive quand même à s’engager et progresse doucement mais sûrement…Aucune souffrance fœtale pendant le monito et c’est tout ce qui m’importe. Vers 17h, je suis dilatée à 7 cm…pfffff que c’est long, je suis si fatiguée, cette respiration me prend tellement d’énergie que je ne fais presque plus que ça…J’ai du mal à communiquer avec mon homme, je suis tendue tellement je ressens ce qu’il se passe et désespère que les choses n’avancent pas plus vite. Dilatée à 8 les contractions sont très rapprochées, très intenses et régulières, je sens la douleur, que je vis…Mais mon bébé est vraiment très proche de nous.
Vers 18h, je suis toujours à 8, ½ heure plus tard, ma gyné est là, je commence à ressentir de façon très intense l’envie de pousser mais je ne suis qu’à 9 !!! Je suis vraiment TRES fatiguée, n’ai aucun répit…et c’est là qu’on se rend compte qu’on soupçonne bien souvent nos propres ressources intérieures. Je décide, afin de permettre à mon fichu col de se dilater, de faire une concentration psychologique en m’isolant dans une « bulle », ce que j’arrive tant bien que mal à expliquer à mon homme impuissant qui comprend tout de suite que j’ai besoin de lui, d’entendre sa voix mais que je dois m’isoler psychologiquement afin de supporter la douleur…De sa voix tendre, il me parle, m’asperge d’eau, me caresse, m’encourage,…qu’est-ce que je l’aime !!! (et qu’est-ce que j’ai eu soif !!!!)
Mes yeux se ferme, je rentre dans un tunnel et là mon imagination se met en route : je suis dans un endroit de mon enfance à la mer du Nord, et je me promène en m’arrêtant dans les magasins de ma tendre enfance…Je visite tout Middelkerke…Je me promène encore et encore, je mange même une barbe à papa chez le marchand de gaufres…Re-exam de ma gyné : je suis à….9,5cm…j’ai TRES TRES TRES envie de pousser, je n’en peux plus…elle me dit qu’il ne manque vraiment pas grand-chose pour pouvoir pousser mais qu’il faut quand même encore un peu attendre. Mais moi je n’en peux plus d’attendre alors je pousse quand même un peu !!!! Je veux pousssssssssser MOI !!! Elle me dit : « allez, on va essayé…mais je n’y arrive pas tout à fait, je suis desespérée, j’ai l’impression que jamais je n’accoucherais, je sens effectivement qu’il faut encore un tout tout petit peu de patience pour que la poussée soit efficace. Une ½ plus tard, la sf me demande de me mettre à 4 pattes afin que le col soit à 10. Dans un dernier effort, mon amoureux et la sf me redresse, je reste quelques minutes dans cette position et là…une TERRIBLE envie de pousser revient 3 fois sur une contraction d’une minutes, je crie que je ne peux plus attendre…pfffffff .Elle m’examine : « madame, vous allez pouvoir pousser… » Wouhhhhhhhh, je pleure, je pousse un petit cri animalier de bonheur et lui dit MERCI…et là direction salle d’accouchement où les choses se précipitent (vous pensez j’ai attendu ce moment plus de 17 heures…enfin devrais-je dire 9 mois !?) et là je pousse en donnant toute mon énergie…Je suis en train de donner la vie, de mettre mon bébé au monde, je suis la plus heureuse des femmes malgré la douleur. Monsieur, venez, on voit ses cheveux, vous voyez…Je sens mon bébé qui descend, je suis hyper concentrée, chaque contraction est bénéfique dans ma poussée….et en 9 poussées et un petit coup d’épisio (que j’ai également senti mais franchement rien du tout hihi par rapport au reste), je sens la tête qui sort et ça me soulage…….dans le corps et dans la tête. Ensuite, les épaules et le reste de ce petit corps, chair de ma chair, qui passe à travers moi comme une fleur qui s’ouvre et se déploie, mon bébé est là…on me la pose sur le ventre et là premier regard, nous sommes tombés d’amour devant cette si petite chose qui est passé de ce monde aqueux à celui d’air…Ca y est je suis Maman pour la Vie !!! La gyné me demande de pousser pour le placenta…c’est la délivrance (quel joli terme !), elle me recoud Aïe, je le sens mais je n’arrête pas de suivre du regard mon bébé avec mon homme qui suit partout les sf qui s’en occupe.
Bigoudi a donc vu le jour dimanche 25 avril à 19h41’, elle pesait 3.850 grammes et mesure 50.5 cm et nous formons une petite famille remplie de bonheur et de sentiments inexplicables depuis 8 jours…L’allaitement est une véritable réussite et nous sommes fous d’amour pour elle.
jeudi 20 avril 2006
Lettre ouverte à Madame la Gynécologue
Suite à la venue au monde dans une structure classique et hypermédicalisée de ma Titebulle, mon besoin d'exorciser ma douleur, ma souffrance suite à cette naissance volée est devenue une priorité qui sans ça, n'aurait sans doute jamais pu, voir venir au monde mon 2ème enfant...Ce goût amer d'une naissance purement et simplement volée, dépossédée. Parce que jeune maman en devenir, je n'ai pas pu/su dire non, par peur, sentiment privilégié pour rendre docile un tas de gens dès le plus jeune âge...
Cette lettre a fait couler de l'encre, a été lue aux Etats Généraux de la Naissance en 2006 par une amie de Max PLOQUIN.
A ce jour, mon souhait le plus cher est, avant tout, que les consciences s'éclairent, afin que nous puissons tout mettre en oeuvre pour que d'autres parents puissent avoir le choix de faire venir au monde leur bébé comme ils le désirent et non comme la société leur impose.
Lettre ouverte à Madame la Gynécologue
Madame,
Il y a 33 mois, une vie naissait en moi. Dès les premiers instants, j’ai voulu comme on me l’avait bien appris, me faire « prendre en charge au plus tôt ». Dans la ville où j’habite vous avez bonne réputation et on dit de vous que vous avez de grandes compétences en matière obstétricales.
C’est avec toute ma confiance et ma naïveté que je me suis remise entre vos mains un mois d’août 2003. Avec mon conjoint, nous avons franchit le seuil de votre cabinet où vous nous avez reçu. Vous m’avez questionné sur la raison de ma visite. C’est avec beaucoup de fierté et d’enthousiasme que je vous ai répondu « je crois que je suis enceinte ». Vous vouliez vérifier tout ça et avez pris votre disque, avez calculez une éventuelle date présumée d’accouchement et m’avez regardé avec stupeur comme un enfant qui ment en me disant « mais enfin, comment savez vous que vous êtes enceinte alors que vous n’avez même pas encore de retard de règles ??? » Vous m’avez fait une échographie. J’ai vu un rond tout blanc et vous m’avez dit « il n’y a rien, revenez quand vous aurez un retard d’au moins 10 jours car là on pourra parler de grossesse d’un point de vue médical… »
Nous sommes ressortis de votre cabinet avec beaucoup de déception et sans réponses à nos questions. Mon conjoint m’a directement fait remarqué votre manque total d’empathie et de chaleur humaine.
Ma grossesse m’avait rendue vulnérable et influençable, je ne m’étais pas rendue compte à quel point. J’ai dit à mon conjoint « On va pas rester sur l’impression de cette seule visite, Madame la Gynécologue prend ses précautions au cas où… » Je trouvé des excuses pour poursuivre avec vous dans cette grossesse car à cette époque, je croyais en l’obstétrique et surtout je la voyais comme indispensable au bon déroulement de tout accouchement.
Nous avons donc poursuivi au fil des mois les rendez-vous mensuels dans votre cabinet. Lors de la découverte de ma non immunité à la rubéole vous m’avez réprimandé, m’avez mise en garde sur les risques et vous m’avez terrifié. Cette fois là, je suis sortie bouleversée, envahie par de la colère contre ma mère qui ne voulait pas me faire vacciner enfant et pleine de culpabilité à mon égard de n’avoir pas su que je n’étais pas immunisée. Désormais, pour ma punition, je vivais cette grossesse dans la peur, la crainte et l’obsession qu’à tout moment je pouvais contracté la rubéole lorsque je voyais des enfants.
Les visites se suivirent et se ressemblèrent. On arrivait, prise de sang avec l’infirmière, prise de ma tension, déshabillée, pesée, décubitus dorsal et pieds dans les étriers, toucher vaginal (col long et fermé) et échographie d’une vingtaine de secondes, rhabillage, règlement de visite et merci/au revoir et au mois prochain. Lorsque je vous posais des questions, vous coupiez court rapidement avec un oui/non, vous disiez que j’étais trop stressée, que je me posais trop de questions…peut-être est-ce cela finalement qui vous dérangeait le plus ? Vous me donniez le sentiment que j’étais une récalcitrante. Vous m’infantilisiez sans cesse, vous aviez pris la position de celui qui sait. Vous aviez pris votre rôle en l’associant au pouvoir. Vote diplôme, votre réputation, votre agenda de ministre, et sûrement votre manque d’humanité envers vos patientes vous ont sans doute poussé à n’être plus qu’un gynécologue obstétricien, même plus une femme, une maîtresse, une amie, une confidente, une mère…juste un diplôme dans un cadre en bois, tamponné « Approuvé pour Accoucher (sic) dans notre société ».
Lors du 6ème mois de grossesse, nous avons voulu faire une reconnaissance anticipée de maternité auprès de notre commune. Seulement, il nous manquait un papier attestant que j’étais bien arrivé à 6 mois de grossesse révolus et votre signature. Je vous ai contacté et vous m’avez envoyé gentiment balader me prétextant que ça pouvait attendre le mois prochain. J’ai été très choquée par votre attitude et blessée par votre réaction. J’ai voulu ne plus poursuivre avec vous, je me suis interrogée sur la suite des évènements, j’ai douté mais j’ai eu peur. Peur d’interrompre ce suivi, peur que personne ne veille prendre en cours une grossesse avancée, peur parce que j’allais enfanter pour la première fois…Alors j’ai continué en vous pensant à mes côtés.
Ensuite, le dernier mois est arrivé. Vous m’avez dit que vous partiriez en vacances peu de temps avant ma date présumée d’accouchement calculez minutieusement par votre disque (29 avril 04). Pourtant, je vous avais dit que mon bébé avait été conçu le 01 août et qu’il naîtrait aux alentours du 24 avril. Mais les mesures de votre appareil échographique savaient mieux que moi, que nous, comme toujours.
J’ai accouché le lendemain de votre retour de vacances. C’était il y a deux ans, par un doux et agréable dimanche d’avril que je me suis rendue où vous accompagnez quotidiennement des mamans dans ce moment si crucial qu’est de donné la vie à son enfant. Une fois de plus, j’avais cru très naïvement que vous seriez là durant le travail, ça me paraissait tellement évident. Lorsque j’ai compris au bout de plusieurs heures de travail que vous ne viendriez qu’à la fin, je vous en ai une fois de plus voulue. Comme un enfant qui croit au père Noël, je me suis sentie trahie, abandonné avec mes peurs, mes doutes et ma douleur. Je suis donc restée de longues heures durant gémissant, mon Homme à mes côtés, m’épongeant, me gratifiant de mes efforts, sans cesse m’encourageant dans ce marathon, cet ouragan hormonal qu’est l’accouchement. Soudainement, une irrépressible envie de pousser est arrivée lors d’une contraction, ce que j’ai signalé…On m’a dit que vous terminiez votre café et que vous alliez arriver qu’en attendant je ne devais pas pousser. Mais ce fût plus fort que moi alors j’ai poussé comme mon corps indomptable me le faisait savoir et je l’ai accompagné contre la volonté de votre personnel. Vous êtes arrivé en vous écriant, comme si on vous aviez été bousculée dans votre planning « qu’est ce qu’il se passe ici ? ». Vous m’avez fait un toucher vaginal habillé en civil et quelques minutes plus tard, vous étiez toute vêtue de vert (masque, bonnet, gant, pantalon…). Si je ne connaissais pas votre regard, je ne vous aurais sans doute pas reconnue. A partir de là, vous avez définitivement ôtez toute humanité dans chacun des gestes que vous avez posé sur mon corps et celui de mon bébé…Alors que je savais parfaitement lors de chacune de mes contractions à quel moment je devais pousser, vous m’avez dirigé, encouragé à pousser, et enfin coupé dans ma chair soit par facilité pour vous, soit par habitude, je ne sais pas ? Par toutes vos paroles, vous avez détruit la confiance en moi à enfanter seule. Une fois la tête sortie, vous avez pratiqué à la lettre et de façon rigoureuse le protocole bien connu de votre service. Enfin, pour je ne sais quelle raison encore, vous avez vous-même pratiqué, sans même laisser la moindre chance à mon corps de l’expulser seule, une délivrance manuelle. J’ai eu l’impression que vous m’arrachiez les viscères ! La cerise sur la gâteau c’est lorsque vous m’avez regardez avec votre sourire condescendant et m’avez dit « La prochaine fois Madame D. faites du Yoga ça évitera le ralentissement de votre accouchement » et vous m’avez piqué à vif le premier point qui allait refermé la mutilation dont je venais d’être victime, comme la plupart des femmes primipares qui enfantent dans votre établissement. Je vous ai demandé de m’anesthésier et vous m’avez dit « mais il n’y en a pas pour longtemps ». J’ai serré les dents et est enfouie cette douleur durant des mois dans mon sexe qui lors de chaque étreinte sexuelle m’a rappelé durant des mois combien enfanter avec Madame la Gynécologue devait faire mal.
J’ai quitté votre établissement, convaincue que vous m’aviez si bien aidé à mettre mon bébé au monde, que vous aviez fait tout ce qu’il fallait. Je vous ai même offert un ballotin de pralines à vous et votre équipe.
Je suis rentrée chez moi et des jours durant, cette épisiotomie m’a fait mal physiquement. Lorsque j’allais à selles, je n’osais pas pousser tellement je sentais que ça ne tenait pas…en effet, un point avait sauté (celui de la fourchette). Et puis ensuite la douleur physique a laissé place à la douleur morale des mois durant.
Aujourd’hui, Je tenais à vous dire, Madame la Gynécologue, que je ne fais plus partie du troupeau de moutons endoctriné par votre meute. D’une certaine manière, vous m’avez rendu service en me poussant à la réflexion. Aujourd’hui, je ne suis plus ni tout à fait la même, ni tout à fait une autre. Je suis enfin Moi.
Et une page se tourne,….
Madame D.




